The “Secret Committee” at Power

Source (French text): Dans L’Oeil de l’Aigle – Washington Face au Québec par Jean-François Lisée, Boréal, 1990. ISBN 2-89052-328-4

Source (English text): (for general reference only, see Foreword below) In the Eye of the Eagle, HarperCollins Publishers Ltd., 1990. ISBN 0-00-637636-3

Foreword:

The official English translation of Jean-François Lisée’s 1990 Dans L’Oeil de l’Aigle, Washington Face au Québec,  published by HarperCollins in 1990, is not a line-for-line translation of the book. The English translators apparently omitted things they felt would not interest an “English” audience in Canada. Therefore, I am re-translating this segment into English to restore parts that are left out of the official English.

Le «comité secret»
de Power

Dans l'Oeil de l'Aigle par Jean-François Lisée

The “Secret Committee”
at Power

In the Eye of the Eagle by Jean-François Lisée

Il ne s’écoule pas 10 jours avant qu’une première prédiction de Zbig morde la poussière. La convention libérale, suivie de près par les diplomates américains à Montréal, ne fait pas la part belle aux thèses de René Lévesque. Le député Pierre Laporte, «connu pour son opportunisme politique» et «héritier présumé» du chef libéral Jean Lesage, écrit un diplomate, a combiné ses efforts avec ceux de Lesage et d’Eric Kierans, «utilisant des tactiques de pression» sur la convention pour s’assurer de la défaite, de toute façon probable, de Lévesque. Une fois que Lévesque a pris la porte, suivi de 150 partisans, plusieurs libéraux interrogés par le diplomate «sont d’humeur presque triomphante». Ils sont certains d’avoir crevé un abcès. Bon débarras!

Not 10 days go by before a first prediction of Zbig bites the dust. The liberal convention, followed closely by the American diplomats in Montreal, rejects most of René Lévesque’s ideas. The member Pierre Laporte, “known for his political opportunism” and the “supposed heir” to liberal leader Jean Lesage, writes one diplomat, combined his efforts with those of Lesage and Eric Kierans, “using pressure tactics” on the convention to ensure the in-any-case-probable defeat, of Lévesque. Once Lévesque took the door, followed by 150 partisans, a number of liberals, questioned by the diplomat, “are in almost a triumphant mood”. They are sure they have punctured an abscess. And good riddance!

Le diplomate reste perplexe. Outre que la théorie du statut particulier adoptée par la convention peut vouloir dire n’importe quoi, y compris «un séparatisme de fait», il estime que l’expulsion de Lévesque coûtera cher au parti. «L’image d’innovation idéologique que le parti a reflétée depuis 1960, l’image de Lesage de maître politicien présidant une équipe de cerveaux s’opposant et se stimulant brillamment les uns les autres vient d’être ternie par le renvoi, exécuté plutôt brutalement, de Lévesque.» Ce dernier a souvent été «aux premières lignes» de la Révolution tranquille, «procurant le dynamisme réformateur qui a irrévocablement changé la province.»

The diplomat remains perplexed. The particular status concept adopted by the convention can mean anything, including “de facto separatism”. He was sure the party would pay dearly for the expulsion of Lévesque. “The image of ideological innovation that the party has reflected since 1960, the image of Lesage as the master politician presiding over a team of brilliantly clashing and mutually stimulating intellects has just been tarnished by the expulsion, carried out rather brutally, of Lévesque.” Lévesque had always been in “the ideological forefront” providing the reformist dynamism which has irrevocably changed the province.”

Les forces qui l’ont évincé ont peut-être voulu «régler de vieux comptes» avec lui, plutôt que rejeter ses idées séparatistes, «servant ici de prétexte commode», ajoute le diplomate.

The forces which expelled him perhaps wanted to “settle old accounts” with him, rather than to reject his separatist ideas, which just “served here as a convenient pretext”, the diplomat adds.

Politiquement, l’essentiel est que le Parti libéral n’embrasse pas le séparatisme à pleine bouche. Les Américains obtiennent aussi quelques rassurances nouvelles du premier ministre Daniel Johnson.

Politically, it is essential that the Liberal Party not embrace separatism wholeheartedly. The Americans also obtained some new reassurance from Premier Daniel Johnson.

Exténué, sa santé compromise, Daniel Johnson pense compenser sur le sable d’Hawaï, à l’automne 1967, l’hyperactivité politique des derniers mois. Mais les remous québécois le pourchassent jusque sous les cocotiers. La rumeur du plan souverainiste de l’Union nationale et l’incertitude économique qui s’empare de ce qu’on appelle encore St. James Street – la rue des affaires de Montréal – font de ces vacances un des épisides les plus bizarres de la petite histoire du Québec.

Exhausted, his health compromised, Daniel Johnson decides to recuperate from the political hyperactivity of recent months on the sand at Hawaii during the Autumn of 1967. But the turmoil in Quebec pursues him right to the coconut palms. The rumor of the sovereignist plan of the Union National and the economic uncertainty that has once again gripped what is still called Saint James Street – Montreal’s business district – makes of this holiday one of the most bizarre episodes in the little story of Quebec.

L’homme d’affaires montréalais Paul Desmarais et le financier Marcel Faribault rendent au premier ministre une visite aussi pressante qu’inattendue, et troublant son repos avec des histoires un peu exagérées de fuite des capitaux. Johnson cède à l’urgence qu’il perçoit dans les voix de ses hôtes, et émet un court texte, appelé désormais «Déclaration d’Hawaï», dans lequel il semble tourner le dos au chemin autonomiste. Une phrase clé: il affirme ne pas vouloir «cosnstruire une Muraille de Chine autour du Québec».

Montreal businessman Paul Desmarais and financier Marcel Faribault pay a visit to the Premier as urgent as it is unexpected, disturbing his rest with slightly embellished stories of capital pouring out of the province. Johnson yields to the urgency he perceives in his guests’ voices, and issues a brief statement from then on known as the “Hawaii Declaration”, in which he seems to turn his back on the road of separatism. A key phrase: he affirms that he does not wish to “build a Great Wall of China around Quebec.”

À Ottawa, Butterworth note que Johnson n’en continue pas moins son jeu d’équilibriste avec ses thèmes «égalité ou indépendance».

In Ottawa, Butterworth notes that Johnson has continued his tightrope act with his theme song, “Equality or independence.”

Que s’est-il vraiment passé à Hawaï? Bryce Mackasey, alors secré­taire parlementaire du ministre fédéral du Travail, prétend le savoir: la reddition du premier ministre nationaliste. «Quand Johnson a fait sa dépression à Hawaï», explique-t-il au consul général Francis Cunningham, son voisin de table à une quelconque réception à Chicoutimi, les financiers fédéralistes montréalais qui lui ont rendu visite l’ont com­plètement pris en mains. «Ce qui signifie, selon Mackasey, que bien que Johnson dise ou fasse un certain nombre de choses pour que les sépara­tistes se tiennent tranquilles, il travaille en fait main dans la main avec Ottawa», écrit Cunningham. Mackasey confie au diplomate, pour bien souligner l’argument, que Johnson «ne va même pas aux toilettes sans appeler d’abord Ottawa». Ce que le diplomate américain, qui connaît bien et admire un peu Johnson, a peine à avaler. La version du ministre «me semble simpliste et inexacte», note-t-il.

What really happened in Hawaii? Bryce Mackasey, then parliamentary secretary to the federal Labor Minister, claims to know: the surrender of the nationalist premier. “When Johnson had his breakdown in Hawaii,” he explained to the Consul general, Francis Cunningham, his dinner companion at some kind of reception in Chicoutimi, the federalist Montreal financiers who had paid him a visit had completely taken him in hand. “Which means,” according to Mackasey, “that even though Johnson said or did a certain number of things to keep the separatists quiet, he was working hand-in-glove with Ottawa”, writes Cunningham. Mackasey confides to the diplomat, to thoroughly underscore his argument, that Johnson “doesn’t even go to the toilet without calling Ottawa, first”. Which the American diplomat, who knew Johnson well and admired him a little bit, had trouble swallowing. The minister’s account “seems to me simplistic and inaccurate”, he wrote in a dispatch.

Mais que Johnson ne soit pas tenté par le séparatisme lui semble certain, et c’est ce qui compte. D’ailleurs, début 1968, Johnson confie, «off the record» au journaliste du Washington Post Robert Estabrook et à un confrère allemand de passage à Québec, que le «Vive le Québec libre!» et les déclarations souverainistes ultérieures de de Gaulle le [104] mettent dans l’embarras. Aussitôt sorti de chez Johnson, Estabrook n’a rien de plus pressé — bravo, la conscience professionnelle ! — que de le répéter à Cunningham, qui relaie l’information à Washington.

But that Johnson is not tempted by separatism seems certain to him, and that’s what counts. Moreover, at the start of 1968, Johnson confides, “off the record” to the journalist from the Washington Post Robert Estabrook and to a German colleague visiting Quebec, is that “Vive le Québec libre!” and the subsequent sovereignist declarations of de Gaulle [104] put him in an awkward position. As soon as he left Johnson, Estabrook had nothing better to do than – cheers to professional ethics! – repeat it to Cunningham, who relayed the information to Washington.

Libéraux et unionistes ayant renouvelé leurs professions de foi fédéraliste, toutes réformistes soient-elles, la seule grande inconnue réside chez les séparatistes avoués.

Liberals and Union Nationale members — reformers all, notwithstanding — having renewed their professions of federalist faith, the only big unknown is with the avowed separatists.

Le pouvoir fédéral s’en occupe. De deux façons.

The federal power will take care of it. In two ways.

Lester Pearson lance une réforme constitutionnelle qui, dit-il, devrait donner aux Canadiens francophones l’égalité qu’ils réclament. À Washington, fin décembre 1967, Pearson explique longuement ses intentions au secrétaire d’État Dean Rusk, qui a convié à sa table Walt Rostow, John Leddy et quelques autres hauts fonctionnaires dont Rufus Smith. Cet aréopage — en fait, il ne manque que le Président pour compléter la hiérarchie des responsables des dossiers US-Canada — est particulièrement curieux de savoir quand la tempête québécoise s’assagira, car elle commence à souffler jusque sur les relations bilatérales.

Lester Pearson launches a constitutional reform which, he says, should give to French-speaking Canadians the equality they want. In Washington, at the end of December 1967, Pearson lengthily explains his intentions to Secretary of State Dean Rusk, who has invited to his table Walt Rostow, John Leddy and some other senior officials including Rufus Smith. This learned assembly — in fact, only the President is missing to complete the hierarchy of those in charge of Canada-US files — is particularly curious to know when the Québec storm will die down, because it’s beginning to bluster on bilateral relations.

Depuis septembre, les rapports canado-français sont paralysés par de Gaulle. Au nouveau siège de l’OTAN à Bruxelles, à Washington comme à Ottawa, des diplomates canadiens s’épanchent sur des épaules américaines des malheurs qui affligent le Canada. Un mandarin du ministère des Affaires étrangères avoue même à un responsable américain que «le gouvernement canadien ne peut plus parler avec confiance dans ses relations internationales parce que tout ce qu’il fait ou dit est affecté par la division du Canada», résume un mémo d’INR. Les diplomates américains à Ottawa avertissent qu’à l’avenir les Etats-Unis «pourront se heurter à d’embarrassantes difficultés en traitant avec le Canada même sur les sujets les plus anodins, dès que la question de la juridiction du Québec ou du Canada entre enjeu». La politique étrangère canadienne, important soutien de l’action américaine dans plusieurs régions, est réduite à «l’immobilisme», affirment les analystes du Département d’État.

Since September, Canada-France relations have been paralyzed by de Gaulle. At the new head office of NATO in Brussels, in Washington as in Ottawa, the Canadian diplomats unburden themselves on American shoulders over the misfortunes which afflict Canada. A mandarin from the Ministry for Foreign Affairs even asserts to an American in charge that “the Canadian government can no longer speak with confidence in its international relations because all that it does or says is affected by the split in Canada”, sums up an INR memorandum. The American diplomats in Ottawa warn that in the future the United States “is likely to encounter embarrassing difficulties in dealing with Canada on even the most banal of matters, as soon as the question of Quebec or Canadian jurisdiction is at stake”. Canadian foreign policy, an important backup to American action in a number of regions, is reduced to “immobility”, the State Department analysts affirm.

Au dîner, Pearson les rassure et leur donne « une évaluation prudemment optimiste des chances de succès » de la réforme constitutionnelle qui devrait calmer les choses, note l’ambassadeur canadien Ed Ritchie, présent à la rencontre. La conversation, écrit Ritchie, « a peut-être amélioré la perception » des décideurs présents. Peut-être.

Over dinner, Pearson reassures them and gives them “a guardedly optimistic evaluation of the chances of success” of the constitutional reform which ought to calm things down, notes Canadian ambassador, Ed Ritchie, present at the meeting. “The conversation,” writes Ritchie, “may have improved the perspective” of the decision-makers present.

Les diplomates américains tombent par hasard sur le travail plus souterrain que les libéraux accomplissent pour mettre le séparatisme en échec. En janvier 1968, le conseiller économique de l’ambassade américaine, Edward Bittner, prend sur lui de tenir une série d’interviews sur l’impact économique du séparatisme. Il voit des fonctionnaires du Québec, des hommes d’affaires américains et rencontre un dirigeant de[105 Power Corporation, Claude Frénette, qui lui fait ces quelques révélations:

By chance, the American diplomats stumble over the more clandestine work the Liberals are doing to foil separatism. In January, 1968, the economic adviser to the American embassy, Edward Bittner, takes it upon himself to carry out a series of interviews on the economic impact of separatism. He sees Quebec civil servants, American businessmen, and he meets with an executive of Power Corporation, Claude Frénette, who makes these few disclosures:

Selon Frénette, bras droit de Paul Desmarais et figure libérale proche de Trudeau, «la menace séparatiste est sérieuse mais a perdu son caractère irréversible». «Au sein du Parti libéral [fédéral]», explique-t-il, «un comité secret a été établi dans le but de défaire le séparatisme. Le Comité, qui comprend des ministres fédéraux du Québec comme [Jean] Marchand, [Pierre Elliott] Trudeau et [Maurice] Sauvé, a adopté un plan à plusieurs volets qui pour l’instant se déroule comme prévu.» Avant d’être recruté par Paul Desmarais, Frénette était l’adjoint du ministre Sauvé.

According to Frénette, Paul Desmarais’s right arm and a Liberal figure close to Trudeau, “the separatist threat is serious, but has lost its irreversible character”. “Within the [federal] Liberal Party,” he explains, “a secret committee has been established in order to undo separatism. The Committee, which includes federal ministers from Québec such as [Jean] Marchand, [Pierre Elliott] Trudeau and [Maurice] Sauvé, has adopted a multi- volleyed plan which for the moment is working as anticipated.” Before being recruited by Paul Desmarais, Frénette was the assistant to Minister Sauvé.

À la convention libérale d’octobre, premier volet, raconte Frénette, «le Comité a encouragé René Lévesque et ses sympathisants au sein comme à l’extérieur du Parti libéral du Québec à établir un parti distinct, qui sera battu à plate couture dans un affrontement électoral. La théorie veut que Lévesque soit moins dangereux à l’extérieur du Parti libéral qu’à l’intérieur.»

At the Liberal convention in October, the first volley, says Frénette, “the Committee encouraged René Lévesque and his sympathisers within and outside the Liberal Party of Québec to set up a distinct party, which would be soundly defeated in an electoral showdown. The theory went that Lévesque would be less dangerous outside the Liberal Party than within it.”

En novembre, second volet, il s’agissait d’utiliser la rencontre des États généraux du Canada français, un organisme nationaliste conservateur, pour marquer un autre point contre l’indépendantisme. «Dans le but de discréditer les inclinations indépendantistes des États généraux qui sont lourdement influencés par la Société Saint-Jean-Baptiste du Québec, le Comité a infiltré la récente conférence des États généraux et l’a encouragée à prendre sur le séparatisme une position si radicale qu’elle en devienne choquante», explique encore Frénette, selon le résumé qu’en fait Bittner.

In November, the second volley, which involved using the meeting of the Estates General of French Canada, a nationalist conservative body, to score another point against separatism. “With a view to discrediting the separatist tendencies of the Estates General, which are heavily influenced by the Saint-Jean-Baptiste Society of Québec, the Committee had infiltrated the recent conference of the Estates General and had encouraged it to take a position on separatism so radical that it became shocking,” explained Frénette again, according to the summary made by Bittner.

De fait, les États généraux, présidés par un professeur d’université, Jacques-Yvan Morin, ont fait grand bruit en adoptant une plate-forme indépendantiste intransigeante. Le radicalisme des débats et la marginalisation des délégations francophones hors Québec leur ont même valu l’épithète d’«anti-démocratique» du directeur du Devoir, Claude Ryan. Manipulation ou pas, les analystes d’INR, loin de conclure que le discrédit a été jeté sur l’idée d’indépendance jugent plutôt que l’adhésion des États généraux aux thèses indépendantistes «ajoute à l’élan de la cause séparatiste», notamment dans «les classes moyennes inférieures» où ils recrutent leurs troupes.

In fact, the Estates General, presided over by a university professor, Jacques-Yvan Morin, raised a great hue and cry while adopting an intransigent separatist platform. The radicalism of the debates and the marginalisation of the francophone delegations from outside Quebec even earned them the epithet of “anti-democratique” from the editor of Le Devoir, Claude Ryan. Manipulation or not, the analysts of the INR, far from concluding that discredit had been cast upon the idea of independence, rather judged that the adherence of the Estates General to the theory of separatism, “added momentum to the separatist cause”, in particular among the lower middle classes where they recruit their troops.

«Power Corporation entend utiliser les postes de télévision et les journaux qu’elle contrôle pour contribuer à la défaite des séparatistes à l’aide d’opérations de propagande subtile», poursuit le diplomate, qui résume ce troisième volet que lui expose Frénette. «Une autre pierre angulaire du plan du Comité consiste à utiliser la conférence constitutionnelle» de février 1968, et à «réformer suffisamment le système [106] fédéral pour enlever des arguments aux tenants d’un Québec indépendant».

“Power Corporation intends to use its tv stations and newspapers that it controls to contribute to the defeat of the separatists with the help of subtle propaganda operations”, continued the diplomat, who summarized this third volley as revealed to him by Frénette. “Another cornerstone of the Committee’s plan consists in using the constitutional conference” of February 1968, to sufficiently “reform the federal system [106] to eliminate the arguments of the supporters of an independent Quebec”.

Il faut croire que «le Comité» n’avait
pas un tel pouvoir. Cette conférence constitutionnelle ne réformera pas le
système fédéral. Ni la suivante. Ni la suivante. Mais il ne faut pas
chipoter. «Le Comité» a atteint son objectif au Parti libéral comme aux États généraux et il lui reste cette carte des «opérations de propagande subtile».

One would have to think the Committee had no such power. This constitutional conference would not reform the federal system. Nor the next. Nor the one after that. But let’s not nitpick. The Committee achieved its objective in the Liberal Party as in the Estates General and it still has this card of “subtle propaganda operations”.

Interrogé vingt ans plus tard, Frénette confirme «à 90%» les propos que lui prête le diplomate. Il signale cependant que «le Comité n’était pas si secret». D’abord groupe de réflexion entre rénovateurs fédéralistes, puis lieu de discussion stratégique où a pris forme l’équipe de Pierre Trudeau, le comité réunissait sa dizaine de membres tous les vendredis soir dans le bureau de Frénette à Power Corporation. Le bras droit de Paul Desmarais confirme la stratégie de polarisation du débat politique québécois et reconnaît les interventions entreprises par le Comité tant aux Etats généraux qu’au Parti libéral provincial.

Questioned twenty years later, Frénette confirmed “about 90%” of the remarks attributed to him by the diplomat. He states, however, that “the Committee was not so secret”. At first, a think-tank for federalist renovators, then a place for strategic discussion where Pierre Trudeau’s team took shape, the Committee brought together its dozen members every Friday night in Frénette’s office at Power Corporation. Paul Desmarais’s right arm confirms the strategy of polarization of the Quebec political debate and acknowledges the interventions undertaken by the Committee at the Estates General and in the provincial Liberal Party.

Il rejette cependant la notion de «propagande» menée par le biais des journaux—La Presse, La Tribune, Le Nouvelliste — possédés par Paul Desmarais. «Notre préoccupation était beaucoup plus Radio-Canada», où le message nationaliste était véhiculé, ajoute Frénette, «même dans le choix des pièces de théâtre». La seule stratégie efficace était de «faire en sorte que la présence fédérale par elle-même devienne dominante et forcément la presse serait obligée, tout simplement, d’en tenir compte».

However, he refutes the notion of “propaganda” waged by means of the newspapers—La Presse, La Tribune, Le Nouvelliste — owned by Paul Desmarais. “Our concern was far more Radio-Canada”, where the nationalist message was being transmitted,” adds Frénette, “even in the choice of entertainment”. The only effective strategy was to “see to it that the federal presence become dominant and of necessity the press would simply be obliged to take note of the fact”.

Chez les indépendantistes, le tableau n’est pas encore complètement clair. Il y a Bourgault, du RIN, Gilles Grégoire, le créditiste indépendantiste du Ralliement national (RN), il y a bien sûr Lévesque et son nouveau Mouvement souveraineté-association (MS A), puis il y a François Aquin, le député qui a préféré quitter le Parti libéral plutôt que de signer la déclaration-rebuffade que préparait Lesage à l’endroit du général de Gaulle. Les diplomates pensent que le véritable leader du mouvement séparatiste, s’il arrive à surmonter ces dissensions, s’appellera Lévesque ou Aquin. Publiquement, Aquin a affirmé que Lévesque était l’homme de la situation. Mais un diplomate cite cette source travaillant au Montréal-Matin qui l’avise que «Lévesque est un rêveur… un bon journaliste qui a beaucoup de charme, mais pas de sens pratique. Porté au pouvoir, ce serait Aquin qui prendrait le contrôle. Et Aquin serait un dictateur.» Cette idée est reprise en main, dans une analyse de l’INR, qui note aussi que Aquin travaille très fort «en coulisse» pour consolider le MSA et est devenu populaire auprès de son aile «extrémiste», venue du RIN. L’analyste de l’INR le décrit aussi comme un «homme impitoyable».

On the separatist side, the panorama is not yet completely clear. There is Bourgault, of the RIN, Gilles Grégoire, the separatist Creditist of the Ralliement national (RN), there is certainly Lévesque and his new Mouvement souveraineté-association (MS A), then there is François Aquin, the member who preferred to quit the Liberal Party rather than sign the repudiation of General de Gaulle prepared by Lesage. The diplomats believe that the real leader of the separatist movement, if it manages to overcome these dissensions, will be called Lévesque or Aquin. Publicly, Aquin has affirmed that Lévesque was the man for the job. But one diplomat quotes a source working at Montréal-Matin who told him that “Lévesque is a dreamer … a good journalist with a lot of charm, but unrealistic. If in power, it would be Aquin who would take control. And Aquin would be a dictator.” This idea is taken up again in an INR analysis, which also notes that Aquin is working very hard “in the background” to consolidate the MSA and has become popular with its “extremist” wing”, which came in from the RIN. The INR analyst also describes him as a “ruthless man”.

Il a tort. Aquin va bientôt quitter la scène. Et lorsque George Denney, l’adjoint au directeur de l’INR, qui fait une tournée des sou- [107] verainistes québécois pour affiner ses analyses, vient le rencontrer en octobre 1968, il confirme sa retraite de la vie politique. Lévesque se fourvoie en prônant une association avec le Canada, lui dit Aquin. C’est avec les États-Unis qu’il faut construire un marché commun. Le député indépendant est aussi un peu déçu de la tournure des événements, notamment de la mort récente de Daniel Johnson. Le premier ministre préparait l’indépendance, suggère-t-il. Il allait conclure une alliance avec le RIN et le RN avant l’élection de 1970, puis conduire les Québécois à un référendum sur la souveraineté vers 1972-1973. Maintenant qu’il est parti…

He’s wrong. Aquin will soon leave the scene. And when George Denney, the assistant director of the INR, who makes the rounds of the Quebec sov- [107] ereignists to refine his analyses, meets with him in October 1968, he confirms his retirement from political life. Lévesque is fooling himself, preaching an association with Canada, Aquin tells him. It’s with the United States that a common market must be built. The independent member is also a bit frustrated with the turn of events, notably with the recent death of Daniel Johnson. The Premier was planning independence, he suggested. He was going to form an alliance with the RIN and the RN prior to the 1970 election, then steer Quebecers to a referendum on sovereignty towards 1972-1973. Now that he is gone

TAGS: “Secret Committee” (Liberal federal ministers), Brussels, Bryce Mackasey, Canada, Claude Frénette (Power Corporation of Canada), Claude Ryan (Le Devoir Editor), constitutional reform, Daniel Johnson (Quebec Premier), Dean Rusk (Secretary of State), Ed Ritchie, Edward Bittner, Eric Kierans, Etats généraux du Canada français, Francis Cunningham (US Consul General), François Aquin, General Charles de Gaulle (President of France), Gilles Grégoire, Jacques-Yvan Morin, Jean Lesage, Jean Marchand (federal Minister), John Leddy, La Presse (Quebec daily newspaper), La Tribune (Quebec daily newspaper), Le Nouvelliste (Quebec daily newspaper), Lester Bowles Pearson (Prime Minister), Liberal Party (Canada), Marcel Faribault (financier), Maurice Sauvé (federal Minister), Paul Desmarais (Senior), Pierre Bourgault, Pierre Elliott Trudeau (federal Minister), Pierre Laporte, Power Corporation of Canada, Québec, Québec référendum, Radio-Canada (CBC), René Lévesque, Robert Estabrook (Washington Post journalist), Rufus Smith, Saint James Street, U.S. State Department, Union National (Québec political party), United States of America (USA), Walt Butterworth, Walt Rostow, Washington, Zbigniew Brzezinski,
 

Advertisements