Philippe Poulin, 1998

Source: Philippe Poulin. « La tentative d’adhésion du Parti québécois à l’internationale socialiste », dans Bulletin d’histoire politique, vol. 6, numéro 3, printemps 1998, pp. 84-106

La tentative d’adhésion du Parti québécois à l’internationale socialiste1

Attempt of the Parti Québécois to Join the Socialist International1

Philippe Poulin
recherchiste et consultant en histoire

Philippe Poulin
Researcher and consultant in history

D’entrée de jeu, précisons que la question de l’adhésion du Parti québécois à l’Internationale socialiste est une initiative de militants influents du Parti québécois. Elle n’est d’aucune manière une démarche exclusive et concertée des hautes instances du gouvernement élu et ce, même si cette question sera largement débattue dans le cabinet Lévesque au début des années quatre-vingt.

Right at the outset, let us be clear that the question of the Parti Québécois’ joining the Socialist International is an initiative of influential Parti Québécois militants. It is in no way a patent and concerted effort of the upper echelons of elected government, even though this question is largely agitated in the Lévesque cabinet at the start of the nineteen-eighties.

Pour l’ex-déléguée générale du Québec à Paris, Louise Beaudoin, qui fut parmi les plus ardents propagandistes de l’adhésion du Québec à la grande famille socialiste, tout comme pour ceux qui militaient en faveur de cette adhésion, deux arguments de taille justifiaient une telle démarche. Premièrement, il s’agit «d’abord de s’ancrer à gauche, dit-elle. On .1 un pro­jet de société social-démocrate. Peut-être qu’on a pas mis l’étiquette sur le programme comme disait M. Lévesque, mais c’est ça dans les faits. Donc un ancrage à gauche surtout en fonction de la souveraineté pour qu’il n’y ait pas de dérive à quelque part»(2) Deuxièmement, cette organisation constitue un forum international des plus important qui permettrait de faire connaître le programme du Parti québécois et ses objectifs au monde entier, car l’Internationale socialiste regroupe plus d’une cinquantaine de partis socia­l-démocrates répartis a travers le monde.

For former Delegate-general of Quebec to Paris, Louise Beaudoin, who was among the most impassioned propagandists for Quebec membership in the great socialist family, like all those who militated in favor of membership, two standard arguments justified such a step. First, it is “certainly a question of being anchored on the left,” she says. We have a social-democratic blueprint of society. Perhaps no label has been attached to the program, as Mr. Lévesque said, but in fact, that’s what it is. Thus an anchoring on the left above all in terms of sovereignty, so that there is no derogation anywhere.(2) Secondly, this organization is one of the biggest international forums, which would make it possible to acquaint the whole world with the program of the Parti Québécois and its objectives, as the Socialist International comprises more than fifty social-democratic parties from around the world.

L’adhésion du Parti québécois à l’Internationale socialiste visait donc un double objectif. D’une part, joindre la grande famille social-démocrate et, d’autre part, accéder à une tribune qui aurait pour effet de lui octroyer une certaine reconnaissance officielle internationale. Certes, le gouvernement

The membership of the Parti Québécois in the Socialist International thus had a two-fold objective. On the one hand, to join the big social-democratic family and, on the other hand, to have a platform which would in effect confer upon it a certain official international recognition. Admittedly, the government

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du Québec est membre de diverses organisations multilatérales dont la plus importante alors, était l’Agence de coopération culturelle et technique. Cependant, l’ACCT ne regroupe que des pays (partiellement ou entière­ment) de langue française et les réunions de l’organisme sont intermittentes, alors que les travaux et les congrès de l’Internationale socialiste se déroulent à intervalles réguliers.

of Quebec belongs to a variety of multilateral organizations, the largest of which then, was the Agence de coopération culturelle et technique (translation: Cultural and Technical Cooperation Agency). However, the ACCT includes only countries that are (partially or wholly) French-speaking and the meetings of the organization are intermittent, whereas the work and the congresses of the Socialist International proceed at regular intervals.

Toutefois, le fait de vouloir s’identifier publiquement et de solliciter une reconnaissance en tant que parti social-démocrate n’était pas sans avoir des implications considérables au plan interne. Particulièrement au sein du parti et du gouvernement où plusieurs étaient méfiants à l’égard des étiquettes dont, au premier chef, René Lévesque lui-même.

However, the fact of wanting to be identified publicly and of requesting recognition as a social-democratic party was not without considerable internal implications. Particularly within the party and in the government where a number were wary of labels, among them, in the highest degree, René Lévesque himself.

Les hésitations du chef du
Parti québécois

The hesitations of the leader of
the Parti Québécois

Nadia Assimopoulos a bien connu le chef péquiste. Cette ex-présidente du Comité des relations internationales au Parti québécois se souvient que René Lévesque n’a jamais été entièrement convaincu du bien-fondé d’entamer une telle démarche pour son parti, tant sa méfiance était grande à l’égard des étiquettes. En effet, «dans les années soixante-dix, rappelle-t-elle, René Lévesque n’a jamais mentionné dans un de ses discours qu’on est un parti social-démocrate ou qu’on se rattache à ce courant. Or, son pro­gramme [politique) n’était que ça. Et lorsque l’on regarde les réalisations du parti, on est même allé plus loin encore que plusieurs partis européens sur des questions telles que la protection des travailleurs, le financement des partis politiques, etc.»(3)

Nadia Assimopoulos has known the péquist leader well. This former President of the International Relations Committee of the Parti Québécois remembers that René Lévesque was never entirely convinced of the cogency of his party’s undertaking such a step, so marked was his mistrust of labels. Indeed, “in the Seventies,” she recalls, “René Lévesque never in any of his speeches said that it is a social-democratic party or that it is attached to this movement. However, its (political) program was only that. And when the achievements of the party are looked at, it went even further than a number of European parties on questions such as the protection of workers, the financing of political parties, etc.” (3)

Sylvain Simard, Ex-vice-président du PQ, qui a lui aussi discuté de longues heures avec René Lévesque sur ce sujet, explique pour sa part:

Sylvain Simard, former Vice-President of the PQ, who also discussed the subject for long hours with René Lévesque, explains:

Il employait toutes sortes de formules pour dire que c’était pas important les noms et les étiquettes. (…) C’est quelqu’un qui n’a aucune culture politique de type européen. Pour lui, son ancrage de départ c’est le New Deal de Roosevelt, donc c’est un social-démocrate, mais instinctif et pas du tout idéologique. Donc aller se greffer a un ensemble de partis qui eux affichent officiellement leur étiquette social-démocrate ou socialiste, (…) il s’en fichait pas mal. (…) Pour lui, c’était inutile d’agiter le drapeau rouge comme ça devant l’électoral québécois. Lui, il était passé à travers les années soixante où il s’était fait battre dans Laurier simplement sous le prétexte qu’il était un intellectuel communiste. On se rappelle bien! (4)

He employed all sorts of formulas to say that names and labels were not important. (…) He was a person who had no European-style political culture. For him, his anchor-point of departure is Roosevelt’s New Deal, therefore he is a social democrat, but instinctive and not at all ideological. Thus to go and graft oneself onto an ensemble of parties all of which officially hoist their social democrat or socialist labels, (…) was to poorly classify oneself. (…) For him, it was of no avail to wave the red flag in front of the Quebec electorate. He had passed through the Sixties where he had been beaten in Laurier simply on the pretext that he was a communist intellectual. We remember it well! (4)

Association québécoise d’histoire politique 85

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Un exempte de cette réticence du président du Parti québécois à qualifier son parti de social-démocrate, se trouve illustré lors de son discours intitulé Nous sommes des Québécois, prononcé devant les membres de l’Assemblée nationale française en 1977, où il disait notamment:

An example of this reticence of the president of the Parti Québécois to brand his party as social democrat, is illustrated at the time of his speech entitled We are Québécois, delivered before the members of the French National Assembly [in France] in 1977, where he said in particular:

L’ensemble du projet de société que nous avons tenté de dessiner, d’autres que nous lui ont collé une étiquette européenne de marque: celle de la social’démocratie. 11 me semble toutefois préférable de parler plus sim­plement de démocratie, sans qualificatif, ce vieil idéal qu’on n’atteindra jamais complètement, qu’il faut donc poursuivre avec persistance afin de l’instaurer autant qu’on peut dans tous les coins de la vie où il fait encore si grandement défaut… (5)

The whole of the society project that we have tried to sketch, others have glued to it a European brand label: that of social democracy. It seems however preferable to me to speak more simply of democracy, without a qualifier, this old ideal which one will never completely achieve, which it is therefore necessary to pursue with persistence in order to lay the foundations of it as much as one can in all the corners of life where it is still so largely lacking… (5)

La méfiance de René Lévesque à l’égard des étiquettes peut être également attribuée à la conjoncture internationale de guerre froide entre les deux superpuissances. De plus, en Amérique du Nord où les partis socialistes ne sont pas légion, Washington voit d’un mauvais œil ce Parti québécois qui est en passe de faire du Québec, dit-on sans nuance, un second Cuba du Nord.

The misgivings of René Lévesque with regard to labels may be equally attributed to the international outbreak of Cold War between the two superpowers. Moreover, in North America where socialist parties are not legion, Washington looks askance at this Parti Québécois which is on the way to making of Quebec, one says without mincing words, a second Cuba of the North.

Selon Nadia Assimopoulos, ce préjugé américain défavorable au Paru québécois qui a des échos en Europe, alimentera cette «espèce d’attitude ambivalente de l’Internationale socialiste a notre égard, parce que les partis socialistes avaient une peur bleue de la souveraineté du Québec.» (6) En effet, de nombreux partis socialistes européens craignent le scénario selon lequel l’accession du Québec au rang d’Etat souverain conduirait fatalement à l’émiettement du Canada, ce qui pourrait favoriser des annexions aux États-Unis. Cet accroissement potentiel de la superpuissance américaine explique donc cette inquiétude de l’Internationale socialiste à l’égard de l’option du Parti québécois.

According to Nadia Assimopoulos, this American prejudice unfavourable to the Parti Québécois which has echoes in Europe, will heighten this “kind of ambivalent attitude of the Socialist International with regard to us, because the socialist parties were frightened to death of Quebec sovereignty”. (6) Indeed, many European socialist parties fear the scenario according to which the accession of Quebec to the rank of sovereign State would lead fatally to the fragmentation of Canada, which might encourage annexations to the United States. This potential growth in the American superpower thus explains this concern of the Socialist International with regard to the option of the Parti Québécois.

Nadia Assimopoulos précise une autre crainte de la part des partis socialistes: «(…) c’est l’élément ethnocentrique (du Parti québécois). Parce que le Nouveau Parti Démocratique du Canada avait beaucoup terni notre réputa­tion à ce niveau là, surtout à cause de l’expérience de la deuxième guerre mondiale. Quand les gens percevaient un parti qui était aligné sur des questions ethniques, ils avaient une grande méfiance» (7)

Nadia Assimopoulos pinpoints another fear of the part of socialist parties: “(…) that is the ethnocentric element (of the Parti Québécois). Because the New Democratic Party of Canada had seriously tarnished our reputation on this level, especially because of the experience of the second world war. When people perceived a party which was aligned on ethnic questions, they had a great mistrust” (7)

À cela s’ajoute une incompréhension totale de l’ensemble des partis socia­listes quant aux raisons de la nécessaire souveraineté préconisée par le Parti québécois. D’une part, le Québec ne peut s’identifier au processus de

To that is added a total incomprehension by the whole of the socialist parties as to the reasons for the necessary sovereignty recommended by the Parti Québécois. On one hand, Quebec cannot identify itself with the process of

86 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

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décolonisation des années 1950 et 1960. Ce cadre de référence lui est totale­ment étranger, de même que celui des luttes de libération nationale comme celle de la Palestine. D’autre part, le Québec est un Etat, provincial certes, mais qui possède un certain nombre de pouvoirs et une relative autonomie. De plus, il est membre d’une fédération démocratique qui jouit, mondiale­ment, d’une crédibilité extraordinaire, notamment à cause des positions libérales adoptées par le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau sur la scène internationale.

decolonization of the 1950s and 1960s. This frame of reference is totally foreign to it, as is that of the struggles for national liberation like that of Palestine. In addition, Quebec is a State, provincial certainly, but which has a certain number of powers and relative autonomy. Moreover, it is a member of a democratic federation which worlwide enjoys extraordinary credibility, in particular because of the liberal positions adopted by Prime Minister Pierre Elliott Trudeau on the international scene.

Vue ainsi de l’étranger, cette conception que l’on a de la réalité québécoise n’est compréhensible que dans la mesure où, depuis son arrivée au pouvoir, le Parti québécois s’était montré plus préoccupé à consolider ses positions à l’intérieur du pays qu’à rechercher des appuis à l’extérieur. Ce n’est vérita­blement qu’à la fin des années soixante-dix que le Parti québécois amorcera un travail de sensibilisation afin de contrecarrer les perceptions négatives à son endroit.

Seen thus from abroad, this notion that one has of Québécois reality is comprehensible only insofar as, since its arrival in power, the Parti Québécois has been shown to be more preoccupied with consolidating its positions inside the country than with seeking support outside. It isn’t really until the end of the Seventies that the Parti Québécois will begin an awareness campaign to thwart negative perceptions concerning it.

Au tournant des années quatre-vingt, les choses allaient évoluer rapide­ment. En Europe, les sociaux-démocrates sont majoritairement au pouvoir et, conséquemment, l’Internationale socialiste — en dépit de la désuétude de son nom — représente un courant dominant dans les démocraties occi­dentales. Un courant d’autant plus influent que l’Internationale socialiste est alors dirigée par des personnalités prestigieuses telles que Willy Brandt (Prix Nobel de la paix en 1971) et Bent Carlson. Des personnalités qu’admire René Lévesque. Ainsi, pour plusieurs représentants du gouverne­ment Lévesque, l’Internationale socialiste représente-t-elle, de plus en plus, le lieu de réflexion par excellence.

Entering the Eighties, things were going to evolve rapidly. In Europe, the social democrats are the majority in power, and, consequently, the Socialist International — in spite of the desuetude of its name — represents a dominating movement in western democracies. A movement all the more influential as the Socialist International is at that time led by prestigious personalities such as Willy Brandt (Nobel Peace Prize in 1971) and Bent Carlson. Personalities whom René Lévesque admires. Thus, for a number of representatives of the Lévesque government, the Socialist International increasingly constitutes the venue par excellence for reflection

Mais devant la phobie de René Lévesque qui répugne à qualifier son parti de quelque nom que ce soit, pas un ministre de son cabinet, aussi influent soit-il, n’osera l’affronter sur cette question. Et ce, malgré que plusieurs membres influents dans le parti et au gouvernement défendent vigoureusement, au nom de la cohérence, l’adhésion du Québec à l’Internationale socialiste, car selon un ex-ministre, -Là étaient nos amis sociaux-démocrates-. Bien qu’il n’y avait pas là matière à engager une bataille rangée entre le chef et le parti, il n’en reste pas moins que des pressions plus grandes seront exercées au sein des troupes péquistes pour que le parti se déclare ouvertement en faveur de son adhésion à cette instance internationale.

But faced with the phobia of René Lévesque who shrinks from qualifying his party under any label whatsoever, not one minister in his cabinet, however influential, will dare to confront him on this question. And this, although several influential members in the party and in the government vigorously argue, in the name of coherence, for Quebec’s [sic] membership in the Socialist International, because according to an ex-minister, there were our social democrat friends. Even though this was no subject over which to engage in ranged battle between leader and party, nonetheless greater pressure will be exerted within Péquist troops that the party openly declare in favor of its membership in this international instance.

Association québécoise d’histoire politique 87

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L’engagement du Parti québécois

The pledge of the Parti Québécois

En 1981, l’accession de Sylvain Simard au poste de vice-président du parti, et la nomination de Nadia Assimopoulos (8), comme présidente du Comité des relations internationales, feront avancer les démarches. Tous deux sont fermement convaincus que le parti doit s’inscrire dans le grand courant social-démocrate européen. Il est vrai que, par le passé, le PQ avait été invité, par la France surtout, à participer à divers congrès de l’Internationale socialiste, mais cette participation se limitait à l’initiative individuelle de membres du Parti québécois (9) «Là, on voulait quitter ce statut par lequel on était invité par un autre pays, explique Sylvain Simard. On voulait sys­tématiquement être là et participer à des comités de l’Internationale socia­liste sur la paix, sur le désarmement, sur les droits de l’homme, etc. Donc, on voulait quitter ces limbes où on était présent sans l’être» (10) C’est ainsi que la question de la candidature du Parti québécois à l’Internationale socialiste fut prise en délibérée, lors du Congrès national du parti en décem­bre 1981 et en février 1982.

In 1981, the accession of Sylvain Simard to the post of vice-president of the party, and the appointment of Nadia Assimopoulos (8) as president of the Committee for international Relations, will advance the effort. Both are firmly convinced that the party must fall in with the great European social democrat movement. It is true that, in the past, the PQ had been invited, in particular by France, to take part in various congresses of the Socialist International, but this participation was limited to the individual initiative of members of the Parti Québécois (9). “We wanted to leave behind this status of of being invited by another country, explains Sylvain Simard. We wanted consistently to be there and to take part in committees of the Socialist International on peace, disarmament, human rights, etc. Consequently, we wanted to leave this limbo where we were present but not present.” (10) Thus the question of the candidacy of the Parti Québécois in the Socialist International was taken under deliberation during the national [sic] party Congress in December 1981 and in February 1982.

Dans l’édition de 1982 de son programme, le Parti québécois énonce, pour la première fois, son intention d’adhérer à l’Internationale socialiste. On y lit: «(…) afin qu’il émerge sur le plan international dans le groupe des partis d’obédience social-démocrate, le Parti québécois doit occuper une place correspondant à son importance et à l’importance du Québec sur la scène internationale» (11) Conséquemment,

In the 1982 edition of its program, the Parti Québécois states, for the first time, its intention to join the Socialist International. One reads: “(…) so that it can emerge on the international level among the group of parties of social-democrat obedience, the Parti Québécois must occupy a place corresponding to its importance and to the importance of Quebec on the international scene” (11) Consequently,

a) le parti devra intensifier les échanges entrepris ces dernières années avec l’ensemble des partis et des groupes politiques appartenant à la même famille que lui;

a) the party will have to escalate the exchanges undertaken in recent years with the whole of the parties and the political groups belonging to the same family as itself;

b) pour ce faire, en tant que parti social-démocrate, le parti devra deman­der son adhésion, comme membre de plein droit, à l’Internationale socialiste;

b) with this intention, as a social democrat party, the party will have to request its admission, as a full member, of the Socialist International;

c) le parti devra mettre sur pied un Secrétariat des Affaires interna­tionales relevant du Conseil exécutif national et responsable de ce secteur d’activité. Ce secrétariat envisagera les moyens les plus efficaces pour accomplir son travail, notamment la publication d’un bulletin à l’étranger destiné aux groupes et partis politiques ainsi qu’aux institutions et individus intéressés aux affaires québécoises (12)

c) the party will have to set up a Secretariat of International Affairs reporting to the national Executive council and responsible for this branch of activity. This secretariat will plan the most effective means to achieve its work, in particular the publication of a bulletin intended for groups and political parties, and institutions and individuals abroad, interested in Quebec affairs (12)

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Ces résolutions votées au Congrès national du parti n’engageaient pas pour autant le gouvernement à les entériner ipso facto, car il y avait une vive opposition tant au parti, au gouvernement qu’au Conseil des ministres. Les forces opposées font valoir que non seulement le Parti québécois n’est pas un parti socialiste, mais aussi que l’appellation même de l’Internationale socia­liste a toujours eu une connotation négative. Selon ces opposants, le mot même de socialisme est si mal vu par une bonne partie de l’électorat québé­cois qu’il peut servir de repoussoir. Par conséquent, ils invoquent qu’au plan de l’image, favoriser l’adhésion à l’Internationale socialiste risque bien plus d’embarrasser le gouvernement qu’elle ne peut lui rapporter de dividendes.

These resolutions, voted at the party’s national [sic] Congress, in no way obliged the government to ratify them ipso facto, because there was sharp opposition in the party, in the government, as well as in the Council of Ministers. The opposing forces make the point that not only is the Parti Québécois not a socialist party, but also that the very name of the Socialist International has always had a negative connotation. According to these opponents, even the word socialism is so badly viewed by a good part of the Quebec electorate that it can serve to drive them away. Consequently, they argue that with respect to image, to support membership in the Socialist International far more likely risks embarrassing the government to which it cannot bring dividends.

Mais la question de l’adhésion à l’Internationale socialiste n’allait pas rester en suspens bien longtemps puisque le Parti québécois s’était engagé à entre­prendre des démarches à cet égard. En effet, cette question devait néces­sairement être évoquée lors de la visite au Québec du Premier ministre français, Pierre Mauroy, en avril 1982. Sachant que les discussions entre les Premiers ministres français et québécois avaient été empreintes de cordialité et qu’il y avait eu convergence de vues sur de nombreux points, le journa­liste français Alain Rollat n’hésita pas à soulever la question de l’adhésion à l’Internationale socialiste. Ce à quoi René Lévesque répondit:

But the question of membership in the Socialist International was not going to be left dangling for very long since the Parti Québécois had begun to take steps in this respect. Indeed, this question had necessarily to be raised during the visit to Quebec of French Prime Minister, Pierre Mauroy, in April 1982. Knowing that discussions among the French and Quebec first ministers had been stamped with cordiality and that there had been a convergence of views on many points, the French journalist Alain Rollat was not reluctant to raise the question of membership in the Socialist International. To which René Lévesque replied:

Pour ce qui est du parti, il y a des relations… Vous savez qu’on a rencon­tré récemment — quelques-uns d’entre nous, dont votre serviteur — M. Jospin qui est le Secrétaire général actuellement du Parti socialiste avec quelques-uns de ses collaborateurs et cela a permis d’intensifier quelque peu ces liens sur le plan personnel qui se sont établis entre nos deux partis depuis quelques années déjà. Ce n’est pas nouveau.

As regards the party, there are relations… You know that we recently met — some of us, including your servant — Mr. Jospin who is currently the General Secretary of the Socialist party with some of his collaborators and that made it possible to somewhat strengthen these connections on the personal level which have been established between our two parties for a number of years now. This is not new.

De là à formaliser, à frapper à la porte ou quêter une adhésion à quelque association internationale que ce soit, non. Notre parti a déjà dit qu’il serait intéressé à être accepté à l’Internationale socialiste. Le jour où ils voudront, ils nous le feront savoir, parce qu’on a des contacts suffisants pour savoir ce qui s’en vient ou ne s’en vient pas ( 13)

From that point to formalize, to knock on the door, or to beg for membership in whatever international association, no. Our party has already said that it would be interested in being accepted into the Socialist International. The day when they so wish, they will let us know, because we have sufficient contacts to know what is coming from that direction, or what is not coming. (13)

Si pour le Premier ministre du Québec il n’était pas question de quémander une quelconque adhésion internationale, il n’en reste pas moins que la porte était maintenant entrouverte et que, dans son esprit, l’idée d’adhérer à l’Internationale socialiste faisait peu à peu son chemin. «Il faut dire que nous [étions] plusieurs, au sein du parti, à faire pression sur lui», confie Sylvain Simard (14) Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. René Lévesque se refuse

If for the Prime Minister [sic] of Quebec there was no question of begging for any kind of international membership, it nonetheless remains that the door was now half-open, and that, in his mind, the idea of joining the Socialist International was making its way little by little. “It should be said that there [were] a number of us, within the party, putting pressure on him”, confided Sylvain Simard (14) But there’s many a slip ‘twixt the cup and the lip. René Lévesque still

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toujours obstinément a qualifier son parti de socialiste ou même de social-démocrate. A plus forte raison lorsqu’il se retrouve devant des interlocuteurs américains, dont plusieurs craignent encore que le Québec ne devienne un Cuba of the North.

obstinately refuses to qualify his party as Socialist or even as Social-democrat. All the more reason when he finds himself in the presence of American contacts, many of whom still fear that Quebec will become a Cuba of the North.

C’est ainsi qu’en juin 1982, un mois avant de rencontrer un groupe de Sénateurs républicains à Washington, au cours d’une entrevue accordée à la prestigieuse revue américaine Barron’s, René Lévesque se demandait encore comment on avait pu lui accoler cette étiquette de social-démocrate. «People call us social democrats. What the hell does that mean? It’s a European term, social democrats. Let’s say progressives, North American-style. Like the progressives you had in the states at various time[s], with a lot of differences because everybody is tied to his own context». Et Lévesque d’ajouter un peu plus loin: -(…) “(…) We don’t have any gospel of socialism of any kind. We are pragmatic, like anybody else». Ainsi visait-il à désavouer cette fausse réputation propagée aux Etats-Unis, à l’effet qu’il dirigeait un gou­vernement socialiste québécois à la sauce cubaine. Il y voyait le fruit d’une propagande anglo-canadienne hostile au Québec: «When we were elected in 1976, I remember articles – maybe in Barron’s [sic] – calling us Castros of the North (…). That was propaganda from Ottawa and Toronto, and from former Canadians, English Canadians, in Chicago and New York» (15) Mais les préventions du Premier ministre du Québec ne devaient pas empêcher les responsables du dossier de l’adhésion à l’Internationale socialiste à poursuiv­re leurs démarches à cette fin.

Thus in June 1982, one month before meeting a group of Republican senators in Washington, during an interview granted to the prestigious American review Barron’s, René Lévesque still wondered how this label of social democrat had been able to be stuck to him. “People call us social democrats. What the hell does that mean? It’s a European term, social democrats. Let’s say progressives, North American-style. Like the progressives you had in the states at various time[s], with a lot of differences because everybody is tied to his own context”. And Lévesque adds a bit later: “(…) We don’t have any gospel of socialism of any kind. We are pragmatic, like anybody else”. Thus he intended disavow this false reputation propagated in the United States, to the effect that he ran a socialist Quebec government with a Cuban flavor. He saw there the fruit of Anglo-Canadian propaganda hostile to Quebec: “When we were elected in 1976, I remember articles – maybe in Barron’s [sic] – calling us Castros of the North (…). That was propaganda from Ottawa and Toronto, and from former Canadians, English Canadians, in Chicago and New York” (15) But the accusations of the Prime Minister [sic] of Quebec were not to impede those in charge of the file on membership in the Socialist International from pursuing their efforts to this end.

En décembre 1982, le vice-président du Parti québécois, Sylvain Simard, se rend à Paris rencontrer Lionel Jospin, Premier secrétaire du Parti socialiste français et, Jacques Hutsinger, responsable des relations internationales. Simard leur pose des «questions très claires»: «Comment faire pour adhérer à l’Internationale socialiste si de notre côté on a le OK de Lévesque et si ça semble être la volonté de l’Exécutif national?» (16) Ses interlocuteurs français lui conseillent d’avoir un mandat clair qui ne doit laisser subsister aucun doute quant aux intentions du PQ à cet égard. De plus, ses hôtes français lui expliquent qu’il serait inopportun que la France, seule, parraine la demande du Québec. «Parce qu’on me fait le portrait, raconte Simard, des luttes internes à l’Internationale socialiste où les Français sont considérés comme un peu hégémoniques. Il y a une lutte des pays anglo-germaniques avec la France qui a tout le leadership de l’Europe du Sud. Alors, on me dit: “Si vous allez de l’avant, il serait bon que ce ne soit pas nous qui. officielle­ment, prenions l’initiative. Ecoutez, les Belges sont vos amis, allez du côté des Belges”» (17)

In December 1982, the vice-president of the Parti Québécois, Sylvain Simard, went to Paris to meet Lionel Jospin, First secretary of the French Socialist party and Jacques Hutsinger, in charge of international relations. Simard asked them “very clear questions”: “How do we go about joining the Socialist International if on our side we have the OK of Lévesque and if that seems to be the will of the national Executive?” (16) His French contacts advise to him to have a clear mandate which must leave no room for doubt as to the intentions of the PQ in this respect. Moreover, his French hosts explain to him that it would be inappropriate that France, alone, sponsor Quebec’s request. “Because they drew a picture for me,” says Simard, “of the internal struggles at the Socialist International where the French are regarded as a bit hegemonic. There is a running battle between the anglo-Germanic countries and France which has all the leadership of Europe of the South. Then, he says to me: ‘If you go forward, it would be good that it not be us who, officially, take the initiative. Listen, the Belgians are your friends, go from the Belgian side’” (17)

90 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

90 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

L’hésitation du Parti socialiste français (PSF) s’explique aussi par sa position devant certains mouvements autonomistes, dont celui de la Corse. Si le PS français appuie le Québec, il risque de se trouver à court d’arguments pour contrecarrer une potentielle demande d’adhésion d’un parti corse à l’Internationale socialiste. Il en est de même avec la Polynésie française. Cela pose donc certaines difficultés à la France puisqu’en vertu du droit international et de la diplomatie, l’adhésion d’un parti corse ou polynésien à l’Internationale socialiste forcerait la France à accorder une certaine reconnaissance internationale de facto à ces mouvements autonomistes qui sont sous sa souveraineté. De là découlera la proposition du PS français de faire parrainer l’adhésion du Parti québécois à l’Internationale socialiste par la Belgique, pays avec lequel le Québec entretient d’excellents rapports.

The hesitation of the French Socialist party (PSF) is also explained by its position vis-à-vis certain separatist movements, notably that of Corsica. If the French PS supports Quebec, it is likely to be short of arguments to thwart a potential application of a Corsican party to join the Socialist International. It is the same with French Polynesia. That therefore raises certain difficulties for France since under the terms of international law and of diplomacy, the membership of a Corsican or a Polynesian party in the Socialist International would force France to grant a certain international recognition de facto to these separatist movements which are under its sovereignty. From that ensues the proposition of the French PS that the membership of the Parti Québécois in the Socialist International be sponsored by Belgium, a country with which Quebec maintains excellent relations.

D’autre part, l’on convient que le Parti québécois devra s’assurer d’une entente avec le Nouveau Parti Démocratique du Canada (NPD), alors dirigé par Ed Broadbent. Il s’agit d’une condition essentielle pour son admission à l’Internationale socialiste comme nous le verrons ci-après.

In addition, it is agreed that the Parti Québécois must secure an agreement with the New Democratic Party of Canada (NPD), then led by Ed Broadbent. This is an essential condition for its admission into the Socialist International as we will see hereafter.

Au cours de son séjour en France, Simard ne s’en tient pas qu’aux Socialistes. Il rencontre aussi Bernard Pons, secrétaire général du Rassemblement pour la République (RPR) et quelques représentants de l’Union pour la Démocratie française (UDF). Il s’agit, en quelque sorte, de maintenir les liens déjà solidement ancrés avec la droite française tout en cherchant l’appui du Parti socialiste.

During his stay in France, Simard does not appeal only to the Socialists. He also meets Bernard Pons, general secretary of the Rassemblement pour la République (RPR) [Gathering for the Republic (RPR)] and some representatives of the Union pour la Démocratie française (UDF). [Union for French Democracy (UDF)]. It is a question, to some extent, of maintaining the connections already firmly anchored with the French right while seeking the support of the Socialist party.

Toujours à Paris, la rencontre de Sylvain Simard avec le Secrétaire général de l’Internationale socialiste, le Suédois Bent Carlson, revêt une significa­tion particulière, car celui-ci jouit d’une influence considérable. Au plan hiérarchique, c’est le numéro deux de l’IS. Francophile et amoureux du Québec, ce futur ministre et ambassadeur dans le gouvernement d’Olof Palm, considère le PQ comme un véritable parti social-démocrate devant faire partie intégrante de l’Internationale socialiste. “Il en fera un peu une affaire personnelle et il va nous aider», se rappelle le vice-président du PQ (18) C’est ce que confirme Nadia Assimopoulos qui avait rencontré Bent Carlson à plusieurs reprises. “Nous l’avions convaincu quant au bien-fondé de notre idéologie, de nos orientations et aussi de notre décision de représenter au moins le secteur francophone du Canada a l’Internationale socialiste» (19) C’est donc dire que Bent Carlson représentait une carte positive pour le PQ.

Still in Paris, Sylvain Simard’s meeting with the General Secretary of the Socialist International, the Swede Bent Carlson, is invested with particular significance, because the latter enjoys considerable influence. In the hierarchy, he is number two at the SI. A francophile and in love with Quebec, this future minister and ambassador in the government of Olof Palm, regards the PQ as a true social democrat party which must form an integral part of the Socialist International. “He will make of it a bit of a personal affair and he will help us”, recalls the vice-president of the PQ. (18) This is what Nadia Assimopoulos confirms who had met Bent Carlson on several occasions. “We had convinced him of the soundness of our ideology, of our orientations and also of our decision to represent at least the French-speaking sector of Canada at the Socialist International.” (19) Which is thus to say that Bent Carlson represented a positive card for the PQ.

Association québécoise d’histoire politique 91

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Au début de l’année 1983, les événements se précipitent. Le Premier secrétaire du Parti socialiste français, Lionel Jospin, effectue un séjour au Québec en compagnie de Jacques Hutsinger. L’objet de cette visite est double: d’une part, sensibiliser Jospin à la réalité québécoise {20) et, d’autre part, rencon­trer le Premier ministre Lévesque. Lors de cette rencontre, rapporte Nadia Assimopoulos, «M. Lévesque lui a dit explicitement qu’il se méfiait de l’ap­pellation [socialiste], qu’il n’aimait pas beaucoup les étiquettes qu’on accole à des courants idéologiques, mais quitte à en choisir une, bien, à ce moment là, l’étiquette qui conviendrait le mieux au PQ se serait celle d’un parti social-démocrate et non celle de socialiste» (21) Et de son côté, Sylvain Simard qui assista à cet entretien, confie: «Lévesque ne se mouille pas mais il avance assez loin. Il accepte de poursuivre les démarches vers cette adhé­sion, mais c’est encore très prudent» (22)

At the beginning of 1983, events precipitate. The First Secretary of the French Socialist party, Lionel Jospin, pays a visit to Quebec accompanied by Jacques Hutsinger. The object of this visit is twofold: on the one hand, to sensitize Jospin to Québec reality (20) and, on the other hand, to meet Prime Minister [sic] Lévesque. At the time of this meeting, reports Nadia Assimopoulos, “Mr. Lévesque explicitly told him that he was wary of the [socialist] designation, that he did not much like the labels attached to ideological movements, but if he had to choose one, well, right now, the label which would be most suitable for the PQ would be that of a social democrat party and not that of Socialist”.(21) And for his part, Sylvain Simard who witnessed this exchange, confides: “Lévesque is not yet wet, but he has come quite far. He agrees to continue the steps towards this membership, but he is still very careful” (22)

Le Premier secrétaire du PS français avait aussi un message à communiquer au Premier ministre du Québec: «Ed Broadbent, le chef du NPD canadien, aimerait discuter de l’adhésion du PQ avec M. Lévesque directement» (23) Mais, dans les faits, il n’y aura aucun échange entre les chefs du PQ et du NPD. Ed Broadbent évitera soigneusement de s’impliquer dans les négociations à venir entre le NPD et le PQ. Ces négociations s’effectueront à un second niveau, soit entre Gerry Caplan, Secrétaire général du NPD et son vis-à-vis au PQ, Sylvain Simard.

The First Secretary of the French PS also had a message to communicate to the Prime Minister [sic] of Quebec: “Ed Broadbent, the leader of the Canadian NDP, would like to discuss the membership of the PQ with Mr. Lévesque directly.” (23) But, in fact, there will be no exchange between the leaders of the PQ and the NDP. Ed Broadbent will carefully avoid being implicated in the coming negotiations between the NDP and the PQ. These negotiations will be carried out on a second level, which is to say between Gerry Caplan, Secretary General of the NDP and his counterpart in the PQ, Sylvain Simard.

Lors d’un Conseil des ministres, René Lévesque se montre maintenant d’accord pour que son gouvernement présente une demande d’adhésion en bonne et due forme. Sylvain Simard en donne l’interprétation suivante:

During a Council of Ministers, René Lévesque now seems in accord that his government present an application for membership in good and due form. Sylvain Simard offers the following interpretation:

Nous sommes en pleine crise économique. Le gouvernement est obligé de tenir une politique extrêmement dure à l’égard des syndicats. Et Lévesque, un peu pour compenser symboliquement ce qui est perdu dans l’action, se dit qu’il faut bien aussi satisfaire son aile gauche. Et il ne faut pas oublier aussi qu’à partir de 1982, c’est le rapatriement de la Consti­tution. Le Québec est complètement isolé et ça devient l’argument que j’utilise toujours: «notre tribune internationale». Ça devient un argu­ment qui prend de plus en plus de sens du fait de notre isolement (24).

We are in full economic crisis. The government is obliged to hold to a very hard-line policy with regard to the trade unions. And Lévesque, a little bit to compensate symbolically for what is lost in the action, thinks it quite necessary to also satisfy his left wing. And it also should not be forgotten that as of 1982, it’s the patriation of the Constitution. Quebec is completely isolated and that becomes the argument which I always use: “our international platform”. Increasingly, that becomes a leading argument because of our isolation (24).

Ainsi, à l’hiver 1983, tant à l’Exécutif national du parti qu’au Conseil des ministres, la décision d’aller de l’avant est prise. «La décision c’est René Lévesque qui la prend», tout en avisant les membres de son parti et de son cabinet «qu’il n’allait pas déchirer sa chemise sur la place publique pour ça» (25) Autrement dit, «il laissait aller», selon Yves Michaud (26) Pour sa

Thus, in the winter of 1983, in both the national [sic] Executive of the party and in the Council of Ministers, the decision to go forward is taken. “It is René Lévesque who takes the decision”, while advising the members of his party and his cabinet “that he was not going to make a big public scene over that.” (25) In other words, “He let go”, according to Yves Michaud (26) For her

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part, Nadia Assimopoulos précise: « Il a cédé aux pressions des gens du parti qui trouvaient important d’avoir des appuis au niveau international. La déclaration d’indépendance, seule, n’est pas suffisante pour qu’un État soit reconnu au niveau international, ça lui prend des appuis à l’ONU ou ailleurs. Et dans ce sens là, moi j’adhère à cette logique» (27).

part, Nadia Assimopoulos specifies: “He gave in to the pressure from people in the party who found it important to have support at the international level. The declaration of independence, alone, is not sufficient for a State to be recognized at the international level, it needs support from UNO or elsewhere. And in that sense, I adhere to this logic” (27).

Le Parti québécois peut enfin procéder à sa demande d’adhésion officielle en vue du prochain congrès biennal de l’Internationale socialiste qui doit se tenir à Albufeira, au Portugal, au début d’avril 1983.

The Parti Québécois can at last proceed with its official request for membership with a view to the next biennial congress of the Socialist International, which must be held in Albufeira, in Portugal, at the beginning of April 1983.

Lever l’obstacle néo-démocrate

Lifting the New Democrat obstacle

Rappelons qu’en décembre 1982, lors de leur rencontre à Paris, Jospin, Hutsinger et Simard s’étaient entendus sur deux objectifs stratégiques précis: 1) faire en sorte que la proposition ne vienne pas de la France mais de la Belgique; 2) avoir un appui ferme du Premier ministre du Québec et de l’exé­cutif national du Parti québécois. Ces deux objectifs étant acquis, il en restait un troisième à atteindre et qui avait été une préoccupation constante lors de leur discussion, soit obtenir l’appui du Nouveau Parti Démocratique du Canada (NPD), membre de l’IS depuis 1944.

Remember that in December 1982, at the time of their meeting in Paris, Jospin, Hutsinger and Simard had agreed on two precise strategic objectives: 1) to see to it that the proposal not come from France but from Belgium; 2) to have the firm support of the Prime Minister of Quebec and of the national executive of the Parti Québécois. These two objectives being acquired, a third remained to achieve and which had been a constant concern during their discussion, that being to obtain the support of the New Democratic Party of Canada (NDP), a member of the SI since 1944.

En effet, il existe une tradition qui stipule qu’au sein de l’IS, il ne peut y avoir qu’un seul parti socialiste par pays. Toutefois, au moins deux précé­dents vont à l’encontre de cette tradition: ceux de la Belgique et de l’Italie qui ont deux partis socialistes, chacun membre de l’IS. Il s’agit de partis issus d’une scission dans le parti original. Pour être admis à l’IS, il faut que les deux branches du parti original s’entendent pour l’adhésion de la nouvelle entité.

Indeed, a tradition exists which stipulates that within the SI, there can be but one socialist party per country. However, at least two precedents go against this tradition: those of Belgium and Italy which have two socialist parties, each one a member of the SI. These parties are the result of a scission in the original party. To be admitted into the SI, both branches of the original party must agree to the membership of the new entity.

Au Canada, le NPD étant déjà membre de l’IS, le Parti québécois doit con­struire son argumentation de façon à démontrer, preuve à l’appui, que le NPD ne saurait être considéré comme l’unique représentant du Canada dans ses deux composantes nationales fondamentales, anglaise et française. Au Québec, le NPD n’a jamais eu d’assise véritable que ce soit en terme de membership ou de suffrage populaire. Sans compter que depuis sa fondation, le NPD n’a, jusqu’alors, jamais fait élire un seul député au Québec. C’est donc à partir de ces prémisses que le Parti québécois considérait légitime de vouloir représenter la composante canadienne-française, absente au niveau international. Ce faisant toutefois, il entrait en compétition directe avec le NPD, jaloux de sa position privilégiée en tant que représentant canadien.

In Canada, the NDP being already a member of the SI, the Parti Québécois must construct its argument so as to show, with proof in support, that the NDP could not be regarded as the sole representative of Canada in its two fundamental national components, English and French. In Quebec, the NDP has never had a true base whether in terms of membership or popular suffrage. Not to mention that since its founding, the NDP has never elected a single Member in Quebec. It is therefore on the basis of these premisses that the Parti Québécois would consider it legitimate to wish to represent the French-Canadian component, absent at the international level. In so doing however, it would enter into direct competition with the NDP, jealous of its privileged position as Canadian representative.

Association québécoise d’histoire politique 93

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À titre de représentant du Canada, le NPD joue un rôle important comme en témoigne le Congrès de Vancouver de 1978, au cours duquel le chef Ed Broadbent avait accueilli toutes les délégations étrangères, dont celle de François Mitterrand, figure dominante de ce congrès. A l’intérieur de l’Internationale socialiste, le NPD s’insère dans la grande famille anglo-germanique qui regroupe les Anglais, les Scandinaves et les Allemands. Il s’appuie donc sur un réseau de liens puissants, particulièrement avec le Labor Party britannique auquel il est très lié. Pendant longtemps, le NPD fut le seul parti nord-américain à être membre de l’Internationale socialiste hors d’Europe, ce qui contribua à lui conférer un rôle majeur au sein de l’organi­sation. Il n’était donc pas évident que le NPD veuille partager ce rôle avec le Parti québécois. Surtout que depuis une certaine nuit de novembre 1981, les hostilités sont grandes entre le PQ et le NPD (28) Mais le Parti québé­cois n’a pas le choix. Il doit obligatoirement en arriver à un modus vivendi avec le NPD, sans quoi il ne pourra être accepté au sein de la famille socialiste.

As Canada’s representative, the NDP plays a major role, as witnessed by the Vancouver Congress of 1978, when leader Ed Broadbent greeted all the foreign delegations, including that of François Mitterrand, the dominant figure at this congress. Inside the Socialist International, the NDP forms a part of the great anglo-Germanic family which includes the English, the Scandinavians and the Germans. It thus has a powerful support network, particularly with the British Labor Party to which it is closely tied. For a long time, the NDP was the only North-American party to be a member of the Socialist International out of Europe, which contributed to conferring on it an important role within the organisation. It was thus not obvious that the NDP wanted to share this role with the Parti Québécois. Especially given the keen hostility between the PQ and the NDP since a certain night in November 1981. (28) But the Parti Québécois has no choice. It must obligatorily come to a working arrangement with the NDP, without which it cannot be accepted into the socialist family.

A Ottawa, au cours de l’hiver 1983, Sylvain Simard entreprend discrète­ment de laborieuses négociations avec les représentants du NPD canadien. A trois reprises, il rencontre son vis-à-vis Gerry Caplan, secrétaire général du parti. Avec ce dernier, les discussions vont bon train. Caplan semble sym­pathique à la demande du Parti québécois.

In Ottawa, during the winter of 1983, Sylvain Simard discretely undertakes difficult negotiations with representatives of the Canadian NDP. On three occasions, he meets with his counterpart, Gerry Caplan, Secretary General of the party. With the latter, discussions make good progress. Caplan seems sympathetic to the request of the Parti Québécois.

Par la suite, Simard rencontre l’exécutif du NPD. Cette fois l’accueil est froid et distant. La suspicion règne. Plusieurs représentants des milieux syndicaux affiliés au NPD sont méfiants, allant jusqu’à mettre en doute l’allégeance social-démocrate du Parti québécois. Plus encore, Simard constate que plusieurs forces issues du mouvement syndical au sein du NPD sont anti-québécoises presque naturellement. Cette méfiance se retrouve aussi chez plusieurs représentants des partis provinciaux néo-démocrates. C’est le cas de Tony Penikett, président du NPD et leader de l’opposition néo-démocrate au Conseil législatif du Yukon. Pour la plupart des gens de l’Ouest, il n’est pas question de partager la tribune internationale que possède le NPD. Les pourparlers sont donc loin d’être simples et la complexité de la négociation avec le NPD s’accroît aussi par le fait que l’autorité néo-démocrate en est une fractionnée. Le NPD étant plutôt formé d’un ensemble de partis provin­ciaux qui se donnent une voix nationale.

Simard next meets with the executive of the NDP. This time the reception is cold and distant. Suspicion reigns. Several representatives from the trade-union milieux affiliated with the NDP are wary, going so far as to question the social democrat allegiance of the Parti Québécois. Moreover, Simard notes that a number of forces resulting from the trade union movement within the NDP are anti-Québécois almost as a matter of course. Mistrust is also found among some representatives of the provincial New Democrat parties. This is the case with Tony Penikett, president of the NDP and leader of the New Democrat opposition in the Legislative Council of the Yukon. For most people from the West, there is no question of sharing the international platform which the NDP possesses. The talks are thus far from simple and the complexity of the negotiation with the NDP is also heightened by the fact that the New Democrat authority is divided. The NDP being rather formed of an ensemble of provincial parties which give themselves a national voice.

Néanmoins, lors de ces négociations, Simard possède un atout important: le Parti québécois est au pouvoir alors que les Néo-démocrates n’y sont pas, sauf en Saskatchewan. Ce qui fait dire au vice-président du PQ que «s’allier un parti au pouvoir, ça devient pour les intellectuels de gauche du NPD,

Nonetheless, during these negotiations, Simard has an important asset: the Parti Québécois is in power, whereas the New Democrats are not, except in Saskatchewan. Which tells the vice president of the PQ that “for NDP intellectuals of the left,

94 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

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notamment en Ontario, une chose acceptable. D’où le rôle de Caplan et d’un certain nombre dans l’entourage de Broadbent qui nous sont favo­rables » (29). Cet esprit de conciliation est fragile, car au sein du NPD, il y a affrontement de deux tendances de forces équivalentes au sujet de l’adhésion du PQ. Malgré tout, l’on décide de faire une place au Parti québécois au sein de l’Internationale socialiste. Un agrément qui découle largement de la réa­lité politique présente: le NPD n’a aucune implantation au Québec.

especially in Ontario, to ally oneself with a party in power becomes an acceptable thing. Whence the role of Caplan and a certain number in the entourage of Broadbent who are favorable to us” (29). This spirit of conciliation is fragile, because inside the NDP, there is a confrontation of two tendencies of equivalent strength concerning membership of the PQ. In spite of it all, they decide to make room for the Parti Québécois in the Socialist International. An accord which develops largely from the current political reality: the NDP has no base in Quebec.

Le compromis avec le NDP — un arrangement verbal basé sur la bonne foi des deux parties — est le suivant: «Demandez votre admission comme obser­vateur et on ne s’y objectera pas» (30) Mais il n’est pas question toutefois de solliciter une admission à titre de membre à part entière. Cela est formellement exclu.

The compromise with the NDP — a verbal arrangement based on the good faith of both parties — is the following: “Request your admission as an observer, and nobody will object.” (30) But there is nevertheless no question of seeking full membership. That is formally excluded.

Cette prise de position adoptée par le NPD est dicté par le fait que «les rela­tions de consultations entre le PQ et le parti «senior» (le NPD) n’ont pas été établies, comme le veut la tradition au sein de l’Internationale socia­liste» (31), précise Tony Penikett. C’est pourquoi «la question du statut du PQ doit donner lieu entre nous à un débat en profondeur d’abord sur l’ori­entation social-démocrate du PQ et sur sa représentation nationale» (32) Mais ce débat que souhaite Penikett n’a d’autres visées que de mettre le PQ en contradiction avec lui-même. Rappelons qu’en 1982, le gouvernement du Québec s’était rendu fort impopulaire en adoptant une série de lois (70, 105, 111) qui décrétaient les conditions de travail des employés du secteur public. Il n’en fallait pas plus, selon Penikett, pour laisser entendre que les syndicalistes néo-démocrates pourraient être fort réticents à prêter une oreille attentive à la demande du PQ. En somme, les Néo-démocrates, défenseurs de la veuve et de l’orphelin, avaient encore une carte dans leur manche, si jamais ils décidaient de bloquer la voie au PQ à l’Internationale socialiste.

This standpoint adopted by the NDP is dictated by the fact that “the consultative relations between the PQ and the ‘senior’ party (the NDP) were not established, as demanded by tradition within the Socialist International” (31), says Tony Penikett. This is why “the question of the status of the PQ must lead to an in-depth debate between us first of all on the social democrat orientation of the PQ and on its national representation.” (32) But this debate that Penikett wants has no other objectives than to place the PQ in contradiction with itself. Remember that in 1982, the government of Quebec made itself quite unpopular by adopting a series of laws (70, 105, 111) which decreed the working conditions of public sector employees. No more was needed, according to Penikett, to let it be understood that the New Democrat trade unionists could be extremely reticent to lend an attentive ear to the PQ’s request. All in all, the New Democrats, defenders of the weak and the oppressed, still had a card up their sleeves, if ever they decided to bar the PQ’s way to the Socialist International.

Quant à savoir si les législations adoptées par le gouvernement Lévesque ne venaient pas miner la crédibilité du PQ en tant que parti d’obédience socia­l-démocrate, Sylvain Simard répliquera pour sa part qu’«il faut reconnaître que l’ensemble des pays doivent tenir compte de la crise [économique]. Il faut notamment considérer les mesures radicales d’austérité que vient d’adopter le gouvernement socialiste français». Bref, conclura le vice-prési­dent du PQ: «Je ne vois personne, y compris le Nouveau Parti Démocratique de M. Broadbent, pour nous reprocher quoi que ce soit à cet égard» (33).

As to whether the legislation adopted by the Lévesque government had not just undermined the PQ’s credibility as a party of social-democrat obedience, Sylvain Simard will reply that “it should be recognized that all countries must take account of the [economic] crisis. Particular notice must be taken of the radical austerity measures which the French socialist government has just adopted.” In short, the vice-president of the PQ will conclude: “I see nobody, including the New Democratic party of Mr. Broadbent, reproaching us whatsoever in this respect” (33).

Association québécoise d’histoire politique 95

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L’entente qui reconnaît au PQ un statut d’observateur, statut qui lui permet­trait d’obtenir, souligne-t-on, une reconnaissance «institutionnelle», con­vient plutôt bien au vice-président du Parti québécois, même si l’on aurait préféré être admis à titre de membre à part entière. «Nous, ce qu’on veut, dit Simard, c’est une tribune, c’est un endroit pour faire du lobbying. Il y a des membres observateurs à l’Internationale socialiste qui ont beaucoup plus de poids que des membres de plein droit» (34).

The agreement which recognizes observer status to the PQ, a status which, we emphasize, would allow it to obtain an “institutional” recognition, suits the vice-president of the Parti Québécois rather well, even if it would have been preferred to be admitted as a full member. “We, what we want,” says Simard, “is a platform, a place to lobby. There are observer members at the Socialist International who have much more weight than full members” (34).

En effet, d’autant plus qu’une fois admis comme membre observateur lors d’un premier congrès, il s’agit bien souvent d’une simple formalité pour devenir membre à part entière de l’IS à un congrès subséquent. Jacques-Yvan Morin, ministre des Affaires intergouvernementales et partisan de l’adhésion du Québec à l’IS, abonde dans le même sens. Après avoir souligné que les dirigeants péquistes ne furent nullement étonnés de l’attitude du NPD à l’é­gard de la candidature du PQ, le ministre Morin conclut, tout en se disant d’avis que le parti peut fort bien se satisfaire d’un statut d’observateur, que «ce serait une première étape fort utile et tout à fait valable» (35). Quant à René Lévesque, cet accord avec le NPD lui convient, fait observer Sylvain Simard: «ça lui permet d’avoir des portes de sortie. On est seulement qu’observateur» (36).

Indeed, all the more since once admitted as an observer member during a first congress, it is very often a simple formality to become a full member of the SI at a subsequent congress. Jacques-Yvan Morin, Minister of Intergovernmental Affairs and in favor of Quebec membership in the SI, abounds in the same sense. After having emphasized that the péquist leaders were in no way stunned by the attitude of the NDP with regard to the candidacy of the PQ, Minister Morin concludes, while proclaiming to be of the view that the party can be quite well satisfied with observer status, “it would be a first extremely useful and completely valid stage” (35). As for René Lévesque, this agreement with the NDP is suitable to him, says Sylvain Simard: “it gives him an exit. We are only observers” (36).

Entre-temps, dès le mois de février, Nadia Assimopoulos avait entrepris une tournée en Europe qui la conduisit à Lisbonne (Portugal), à Madrid (Espagne), à Rome (Italie) et à Oslo (Norvège). Cette tournée européenne avait pour objet de sensibiliser à la réalité québécoise les dirigeants des partis socialistes de pays membres de l’IS, afin d’obtenir leur appui à l’adhé­sion du Parti québécois. Déjà, dans le passé, madame Assimopoulos avait également tissé des liens avec certains partis socialistes d’Amérique latine. Ainsi, peu avant le Congrès d’Albufeira (Portugal) qui se tiendra du 7 au 10 avril, les appuis s’accumulaient et se consolidaient.

Meanwhile, as of February, Nadia Assimopoulos had undertaken a tour in Europe which took her to Lisbon (Portugal), Madrid (Spain), Rome (Italy) and Oslo (Norway). This European tour had the aim of sensitizing the leaders of the socialist parties of Member States of the SI to the Québec reality, in order to obtain their support for membership of the Parti Québécois. Already, in the past, Mrs. Assimopoulos had also formed links with certain socialist parties in Latin America. Thus, shortly before the Congress in Albufeira (Portugal) to be held from April 7th to 10th, support was accumulated and consolidated.

Nadia Assimopoulos et Sylvain Simard, qui sont tous deux mandatés pour représenter leur parti, sont confiants de voir leurs efforts couronnés de suc­cès, lors de cette première présence officielle du Parti québécois à un congrès de ce «club» international. Quant à la participation du PQ. elle sera «modeste»: «Nous arriverons, dit Simard, avec le programme du parti concernant les deux grands thèmes du congrès — Justice économique et développement et Sécurité, paix et désarmement — et nous chercherons à savoir ce qui se passe ailleurs et à faire connaître ce qui se passe chez nous» (37).

Nadia Assimopoulos and Sylvain Simard, both of whom are mandated to represent their party, are confident of seeing their efforts crowned with success during the first official presence of the Parti Québécois at a congress of this international “club”. As to the PQ’s participation, it will be “modest”: “We will arrive,” says Simard, “with the program of the party concerning the two broad topics of the congress — Economic Justice and Development and Security, Peace and Disarmament — and we will try to find out what is happening elsewhere and to communicate what is happening at home” (37).

96 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

96 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

L’échec d’Albufeira

The Failure at Albufeira

Dès leur arrivée à Albufeira, le 2 avril 1983, Nadia Assimopoulos et Sylvain Simard constatent que la partie n’est pas facile et qu’elle est loin d’être gagnée: «Nous avions une réservation à l’hôtel où se tenait le Congrès, rappelle Simard. Or, on y arrive pour nous apercevoir qu’on nous a expédiés dans un grand hôtel, mais à 30 km de là. Ce n’est pas sans signification. Ça voulait dire qu’on était beaucoup moins présent sur les lieux et toutes sortes de problèmes matériels qui réduisaient notre influence» (38).

Upon their arrival at Albufeira, on April 2nd, 1983, Nadia Assimopoulos and Sylvain Simard note that the game isn’t easy and that it is far from being won: “We had a reservation at the hotel where the Congress was being held,” Simard recalls. “However,we arrived to find that we had been despatched to a big hotel 30 kilometers away. This was not without significance. It was a way of saying that we were much less present, on the spot and all sorts of material problems which reduced our influence” (38).

Le lendemain, le 3 avril, la demande d’adhésion du Parti québécois est étudiée au Comité des finances de l’IS. Y sont présents, outre les têtes dirigeantes de l’IS, Lionel Jospin, Jacques Hutsinger, Gerry Caplan ainsi que Tony Penikett, le représentant du NPD au Comité des finances. Et con­trairement à ce qu’on avait laissé entendre aux représentants du PQ, Ed Broadbent assiste à cette réunion du Comité.

The following day, on April 3rd, the membership application of the Parti Québécois is studied by the SI Finance Committee. Present, in addition to the managing heads of the SI, are Lionel Jospin, Jacques Hutsinger, Gerry Caplan and Tony Penikett, the representative of the NDP on the Finance Committee. And contrary to what the PQ representatives had been led to understand, Ed Broadbent attended this meeting of the Committee.

Le coup de théâtre survient au moment de procéder à l’analyse du dossier concernant la candidature du PQ. Tony Penikett s’oppose a ce qu’on admette le PQ en tant que membre observateur en niant de toutes ses forces qu’il y ait eu un accord préalable à cet effet entre le NPD et le PQ. Broadbent — qui avait déjà exprimé à Jospin son intention de discuter de l’adhésion du PQ avec Lévesque directement — en rajoute en précisant qu’il n’a, pour sa part, jamais affirmé qu’il y avait eu ne serait-ce que l’ombre d’une entente entre les deux parties.

The dramatic turn of events occurs when the time comes to examine the file on the PQ’s candidacy. Tony Penikett is opposed to letting the PQ in as an observer member, denying with all his might that there was a prior accord to this effect between the NDP and the PQ. Broadbent — who had already told Jospin of his intention to discuss the membership of the PQ with Lévesque directly — adds that he has never affirmed that there had ever been even the merest shadow of an agreement between the two parties.

Cette volte-face du NPD a l’effet d’une bombe. Lionel Jospin et Jacques Hutsinger sont stupéfaits. Devant l’impasse, Lionel Jospin exige que le vote qui doit déterminer de l’admission du PQ soit reporté et demande d’ajourner les délibérations, fait très rare dans les annales de l’Internationale socialiste. Français, Belges et autres alliés du PQ ne comprennent plus.

This about-face of the NDP has the effect of a bomb. Lionel Jospin and Jacques Hutsinger are amazed. Faced with the impasse, Lionel Jospin requires that the vote which must determine the admission of the PQ be deferred and asks that the deliberations be adjourned, a very rare occurrence in the annals of the Socialist International. The French, Belgians and others allied to the PQ are uncomprehending.

Rapidement, Lionel Jospin et Jacques Hutsinger se portent à la rencontre des représentants du PQ. «Que se passe-t-il, demandent-ils à Simard et Assimopoulos? Vous aviez l’appui du NPD et là, vous ne l’avez plus. Ils ont été très durs à votre endroit, ils ne veulent pas vous voir là» (39) «C’est un putsch», clame Simard, en expliquant que les luttes internes sont monnaie courante au sein du NPD. L’opposition du NPD peut être déterminante, car le principe du consensus unanime est inviolable en ce qui a trait à l’adhésion d’un nouveau membre.

Quickly, Lionel Jospin and Jacques Hutsinger go to the meeting of the representatives of the PQ. “What’s going on?” they ask Simard and Assimopoulos? You had the support of the NDP, and now you don’t. They were very hard on you; they don’t want to see you here.” (39) “It‘s a putsch”, exclaimed Simard, explaining that internal struggles are current money inside the NDP. The opposition of the NDP may be determinant, because the principle of unanimous consensus is inviolable with respect to the admission of a new member.

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Mais plus encore, le NPD a amorcé une véritable campagne de dénigrement contre le PQ en faisant circuler un dossier dévastateur pour l’image du gouvernement du Québec sur la scène internationale. Ce dossier faisait état de la façon dont le gouvernement du Québec avait mené les négociations avec ses employés du secteur public en 1982. Notamment, le recours à la célèbre clause nonobstant qui permettait au gouvernement de se soustraire à la Charte québécoise des droits et libertés [sic] 1. Il n’en fallait pas plus pour accuser le PQ de ne pas être un véritable parti social-démocrate. Aux yeux des Néo-démocrates canadians, il ne faisait aucun doute, qu’un tel parti qui a osé adopter une attitude aussi belliqueuse et anti-ouvrière envers sa propre fonc­tion publique, n’était pas digne d’être admis au sein de l’Internationale socialiste (40).

But it’s not over, the NDP launched a veritable denigration campaign against the PQ, circulating a file devastating to the image of the Quebec government on the international scene. This dossier reported on the manner in which the government of Quebec had carried out the negotiations with its public sector employees in 1982. Notably, its recourse to the famous notwithstanding clause which allowed the government to withdraw from the Québec Charter of Rights and Freedoms [sic] 1. Nothing more was needed to accuse the PQ of not being a true social democrat party. In the eyes of the Canadian New Democrats, there was no doubt that such a party which had dared to adopt such a bellicose and anti-worker attitude towards its own public service, was not worthy of being admitted into the Socialist International. (40).

Si au Québec, le NPD canadien n’était qu’un parti marginal, son influence au sein de l’Internationale socialiste était d’autant plus importante que plusieurs de ses membres occupaient des postes décisionnels. Il paraissait évident que le NPD ne tenait aucunement à avoir le PQ à ses côtés. II ne saurait être question d’échapper une parcelle de son pouvoir en tant qu’unique représentant du Canada à l’Internationale socialiste.

If in Quebec, the Canadian NDP was but a marginal party, its influence within the Socialist International was all the more important as several of its members occupied the decisional stations. It appeared obvious that the NDP had no intention of having the PQ at its side. It could not be a question of its avoiding relinquishing a mote of its power as the sole representative of Canada at the Socialist International.

Le travail de sape amorcé par le NPD a son effet. Nadia Assimopoulos et Sylvain Simard en furent abasourdis. Manifestement, ils étaient loin de s’at­tendre a un tel coup du NPD. «Vraiment ça été une surprise pour nous, raconte Simard. Donc, on a vécu, dans les jours suivants, entre deux eaux». Néanmoins, ils poursuivent leur lobbying. Ils rencontrent entre autres, Guy Spitals, Secrétaire général du Parti socialiste belge. Ils ont son appui. La délégation belge travaille sans relâche pour l’adhésion du Parti québécois. Il en est de même à la délégation française. «Du côté de Jospin, la sympathie est bonne, dit Simard, mais Jospin ne va pas déchirer sa chemise. Si le NPD ne veut pas, il n’y a rien à faire». Cependant, si le principe du consensus unanime joue contre le PQ, il joue aussi en sa faveur, car s’il faut établir un consensus pour admettre le PQ comme membre observateur, son contraire est tout aussi requis. En somme, il faut obtenir ce même consensus pour rejeter la demande d’adhésion du PQ.

The sabotage initiated by the NDP had its effect. Nadia Assimopoulos and Sylvain Simard were dumbfounded by it. Obviously, they were far from expecting such a blow from the NDP. “Truly, that was a surprise for us,” recounts Simard. Therefore, in the ensuing days, we were between a rock and a hard place.” Nonetheless, they continue their lobbying. They meet among others, Guy Spitals, General secretary of the Belgian Socialist party. They have his support. The Belgian delegation works tirelessly for the membership of the Parti Québécois. The French delegation does likewise. “As for Jospin, his sympathy is genuine,” says Simard, “but Jospin is not going to work himself up into a state over it. If the NDP is against it, there is nothing to be done”. However, if the principle of unanimous consensus plays against the PQ, it also plays in its favor, because if it is necessary to establish a consensus to admit the PQ as an observer member, the opposite is just as necessary. All in all, this same consensus must be obtained to reject the PQ’s application for membership.

Dès lors, en coulisse, on amorce les négociations en vue de trouver un com­promis. Bent Carlson, le Secrétaire général de l’IS, y met tout son poids. Il fait comprendre aux représentants du NPD qu’ils sont les seuls à s’opposer, alors que c’est le souhait de nombreux pays de voir entrer le PQ au sein de l’IS. Outre les Belges et les Français, les Italiens, les Espagnols, les Portugais et même les Israéliens se commettent en faveur du cas québécois.

Consequently, behind the scenes, negotiations are started to find a compromise. Bent Carlson, the General secretary of the SI, puts all his weight behind it. He makes it clear to the NDP representatives that they are the only ones opposed, whereas numerous countries wish to see the PQ enter the SI. In addition to the Belgians and the French, the Italians, the Spaniards, the Portuguese and even the Israelis commit themselves in favor of the Quebec case.

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Isolé, le NPD cherche à sauver la face. Il fait circuler une résolution qui deviendra le compromis ultime:

«When invited to the meeting[s] of the SI, the Parti Québécois will be an observer».

Isolated, the NDP tries to save face. It circulates a resolution which will become the ultimate compromise:

“When invited to the meeting[s] of the SI, the Parti Québécois will be an observer”.

Essentiellement, pour le NPD il s’agissait de ne pas déplaire aux membres qui appuyaient le PQ, car la position du NPD à Albufeira est contraire à celle prise au Canada. Le compromis est boiteux puisque le Parti québécois pourra être un membre observateur, mais seulement lorsqu’il sera invité. La nuance est importante.

Essentially, for the NPD it was a question of not displeasing those members who supported the PQ, because the NDP’s position at Albufeira is contrary to that taken in Canada. The compromise is lame since the Parti Québécois could be an observer member, but only when it is invited. The nuance is important.

«Bon, évidemment, pour des raisons politiques, opine Sylvain Simard, on va revenir au Québec en criant victoire, comme s’il s’agissait d’une recon­naissance implicite du statut d’observateur. En réalité, ça ne l’est pas». En effet, du côté des Néo-démocrates canadians, Broadbent en tête, on clame que le PQ n’a aucune reconnaissance. Ce qui est «faux, soutient Simard, parce que dans une association internationale de ce type, une phrase comme celle-là commet beaucoup l’organisation. Il faut presque justifier de ne pas nous inviter à ce moment-là. (…) Ce n’est pas nul, on a une petite entrée» (41).

“Okay, evidently, for political reasons,” opines Sylvain Simard, “we will return to Quebec crying victory, as if it were about an implicit recognition of observer status. Actually, it isn’t”. Indeed, as regards the canadian New Democrats, Broadbent at their head, they will claim the PQ has no recognition. Which is “untrue,” Simard argues, because in an international association of this type, a phrase like that commits the organization a good deal. At that point, it’s practically necessary now to justify not inviting us. (…) It is not worthless, we have a small right of entry” (41).

Ajoutons cependant qu’à l’issue du Congrès d’Albufeira, il y aura des élec­tions pour le poste de Secrétaire général de l’IS, Bent Carlson est remplacé par le Finlandais Penri Van Hannen. Les Finlandais font partie du réseau d’influence du NPD. Et le nouveau Secrétaire général de l’IS a maille à partir avec la résolution d’Albufeira. Il sera fort réticent à inviter le PQ systématiquement aux divers congrès de l’Internationale socialiste. En d’autres termes, il interprétera, dit Nadia Assimopoulos, «de façon très restrictive les décisions du Congrès. Il ne nous invitait pas. Il a refusé de nous inviter en Australie par exemple, et ailleurs» (42). Aussi, au cours des années subséquentes, le PQ sera tantôt absent, tantôt présent aux travaux de l’Internationale socialiste.

We would add, however, that at the conclusion of the Congress at Albufeira, there will be élections for the position of Secretary general of the SI; Bent Carlson is replaced by the Finn, Penri Van Hannen. The Finns belong to the network of influence of the NDP. And the new Secretary general of the IS is in concord from the start with the resolution of Albufeira. He will be quite reticent to invite the PQ systematically to the various congresses of the Socialist International. In other words, he will interpret, says Nadia Assimopoulos, “in a very restrictive way the decisions of the Congress. He did not invite us. He refused to invite us in Australia for example, and elsewhere” (42). Also, in subsequent years, the PQ will sometimes be absent, sometimes present at the work of the Socialist International.

Au Parti québécois, l’échec d’ Albufeira est difficile à accepter pour ceux qui ont milité d’arrache-pied afin d’obtenir une reconnaissance au sein de l’Internationale socialiste. Un échec d’autant plus indigeste que le Parti québécois s’est fait barrer la route par un parti politique canadian qui n’en n’était pas à sa première obstruction envers le Québec. En entrevue, Nadia Assimopoulos laissera tomber ce commentaire qui en dit long: «Ils nous ont répété le coup du rapatriement [de la Constitution]». Et celle-ci d’ajouter:

Inside the Parti Québécois, the failure at Albufeira is hard to accept for those who had pulled out all the stops militating to obtain recognition within the Socialist International. A failure all the harder to swallow as the Parti Québécois was barred en route by a canadian political party and which was not its first obstruction of Quebec. In interview, Nadia Assimopoulos will let drop this comment which speaks volumes: “they struck us a repetition of the patriation coup [of the constitution]”. And she adds:

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Je suis restée avec un goût très amer devant l’attitude de Broadbent parce qu’il n’a pas été franc. C’est vrai qu’il n’avait jamais de lui-même affirmé (une telle entente), parce qu’il avait laissé (son Secrétaire général), Gerry Caplan. (la négocier), donc il pouvait se retirer du jeu en disant: « Je n’ai jamais affirmé une telle affaire ». Sauf que Gerry Caplan parlait au nom de Broadbent, quand ils nous ont laissé entendre qu’ils ne s’objectaient pas à notre adhésion. Ça c’est important (43).

Broadbent’s attitude left a very bitter taste in my mouth, because he wasn’t frank. It’s true that he had never himself affirmed (such an agreement), because he had let (his General secretary), Gerry Caplan (negotiate it), therefore he could pull out saying: I never affirmed any such thing. Except that Gerry Caplan spoke in Broadbent’s name, when they led us to believe that they had no objection to our membership. That is important (43).

Pour Nadia Assimopoulos, il ne fait aucun doute qu’en opposant son veto et en niant qu’il y ait eu une entente préalable entre le PQ et le NPD, Ed Broadbent, « traite Jospin et Hutsinger de menteur, indirectement c’est ça que ça signifie parce qu’ils étaient présents au Comité des finances”. (44) Sylvain Simard qui a négocié l’entente PQ-NPD, abonde dans le sens de sa collègue, tout en ajoutant:

For Nadia Assimopoulos, there is no doubt that by interposing its veto and by denying that there had been a preliminary agreement between the PQ and the NDP, Ed Broadbent, “indirectly qualified Jospin and Hutsinger as liars, which is what that means because they were present at the Finance Committee.” (44) Sylvain Simard who negotiated the PQ-NDP agreement, concurs in substance with his colleague, adding:

Oui, mais Jospin, Hutsinger et les Belges n’ont que notre parole. Il n’y a rien d’écrit et je sais très bien ce que j’ai vécu. Gerry Caplan n’aurait pas le culot de le nier. D’ailleurs, je n’aurais jamais demandé la lettre d’admission, la demande et la signature par René Lévesque sans avoir cette garantie. (…) Caplan, en tout cas, a joué devant moi, l’étonnement. Il a fait celui qui ne pensait pas que Broadbent s’opposerait. Il a fait même des blagues assez dures à l’endroit de Broadbent, mais très rapidement c’était clair, il s’opposait lui aussi (45).

Yes, but Jospin, Hutsinger and the Belgians have only our word. There is nothing in writing and I know very well what I experienced. Gerry Caplan would not have had the guts to deny it. Moreover, I would never have requested the letter for admission, the request and the signature of René Lévesque without having this guarantee. (…) Caplan, in any case, played up to me, astonishing. He acted like someone who thought that Broadbent would not be opposed. He even made flinty jokes about Broadbent, but very quickly it was clear, he too was opposed (45).

Si le NPD a pu bloquer l’adhésion du PQ à l’Internationale socialiste, il n’est pas sorti pour autant grandi de ce congrès d’Albufeira. Son revirement a en quelque sorte terni son image au sein de l’Internationale socialiste; ses charges vindicatives à l’égard du PQ eurent pour effet de le discréditer aux yeux de plusieurs membres de l’IS. De toute évidence, le NPD avait négligé de prendre en considération qu’au cours des dernières années, le PQ avait tissé des relations avec plusieurs partis socialistes qui le considéraient comme un véritable parti frère; que le PQ n’était pas une simple opposition par­lementaire, mais bien un parti gouvernemental que les Québécois avaient réélu pour un deuxième mandat consécutif. Un gouvernement d’obédience social-démocrate, dont la feuille de route législative à cet égard en avait fait l’un des plus progressistes de l’histoire canadienne.

If the NDP could block the membership of the PQ in the Socialist International, it did not, for all that, emerge any more prominent from this congress at Albufeira. Its reversal to some extent tarnished its image within the Socialist International; its vindicatory accusations against the PQ discredited it in the eyes of several members of the SI. Obviously, the NDP had neglected to take into account that in recent years, the PQ had woven relationships with a number of socialist parties which regarded it as a true brother party; that the PQ was not a mere parliamentary opposition, but a true governing party that Quebecers had re-elected for a second consecutive mandate. A government of social democrat obedience, whose legislative roadmap in this respect had been one of the most progressive in Canadian history.

Il est vrai par ailleurs que le NPD — qui était sur la défensive — s’est trou­vé dans une position difficile, mais cela n’enlève rien au fait qu’il a manqué

It is true moreover that the NDP — which was on the defensive — found itself in a difficult position, but that does not change the fact that it was

100 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

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de transparence et d’ouverture. Et en ce sens, le congrès d’Albufeira fut, pour plusieurs, révélateur de la véritable identité du NPD. En d’autres termes, confie Sylvain Simard: « Les vieux réflexes du NPD sont ressortis (…) D’une certaine façon, ça a brisé l’image d’un NPD consensuel. Ils sont apparus tels que nous les connaissons ici dans les cas de crise: il ne faut jamais se fier sur eux. Et là c’est apparu très clairement à plusieurs pays” (46).

lacking in transparency and openness. And in this sense, the congress at Albufeira was, for some, revealing of the true identity of the NDP. In other words, confides Sylvain Simard: “The NDP’s old reflexes emerged (…) In a certain manner, it broke the consensual image of the NDP. They appeared such as we know them here in cases of crisis: one should never trust them. And that was made quite clear to a number of countries. (46).

«Quand j’ai appris la nouvelle à Lévesque du statut boiteux, poursuit Simard, ça l’arrangeait assez. « Il reste le même René Lévesque». Il ne fait aucun doute pour Simard que si Lévesque s’était rendu à Albufeira, cela aurait eu, symboliquement du moins, un impact beaucoup plus considérable. Ce qui ne veut pas dire que René Lévesque, à lui seul, aurait pu changer le cours des événements, loin de là. Cependant, en tant que président du PQ et Premier ministre du Québec, il est indubitable que par sa seule présence, Lévesque aurait contribué à affirmer sans ambages le désir de son parti d’adhérer à cette instance internationale. Par contre, c’était beaucoup demander au chef du PQ pour qui cette question n’avait jamais fait l’objet d’aucune priorité.

“When I told Lévesque the news of the lame status,” Simard goes on, that quite settled it. “He remains the same René Lévesque”. There is no doubt for Simard that if Lévesque had gone to Albufeira, that would have had, symbolically at least, a much more considerable impact. Which is not to say that René Lévesque alone could not have changed the course of events, far from it. However, as president of the PQ and Prime Minister [sic] of Quebec, it is undoubted that by his mere presence, Lévesque would have contributed to clearly affirming the desire of his party to join this international instance. On the other hand, it was a lot to ask of the PQ leader for whom this question had never been a priority.

À l’intérieur du PQ, la colère est grande. Pour plusieurs, l’impossible adhé­sion du Québec à l’Internationale socialiste allait donner une raison de plus pour militer en faveur de la souveraineté. C’est le cas du ministre Bernard Landry, un partisan de l’adhésion du PQ à l’IS mais qui, furieux et «humi­lié» devant l’action du NPD, allait exprimer à ses collègues: «”Si jamais nous redemandons l’adhésion à quelque association de ce genre que se soit, ça sera après l’indépendance. On ne se fera plus faire des histoires par des partis mineurs, marginaux et fanatiques, dirigés par des intellectuels ontariens”. Alors ça été fini. A ce moment là, je suis devenu neutre sur cette question. En d’autres termes, je ne veux pas en entendre parler avant que l’indépen­dance ne soit acquise” (47).

There is great anger inside the PQ. For some, the impossibility of PQ membership in the Socialist International adds one more reason to militate in favor of sovereignty. This is the case with Minister Bernard Landry, a partisan of PQ membership in the SI, but who, furious and “humiliated” by the action of the NDP, said to his colleagues: “If we ever again request membership in an association of this kind, it will be after independence. We will no longer have stories told about us by minor, marginal and fanatical parties led by intellectuals from Ontario.” So, then, it’s over. Now, I am neutral on this question. In other words, I don’t want to hear about it before independence.” (47).

Cette réaction de Bernard Landry reflète bien les sentiments qui émergeront par la suite au sein du parti et du gouvernement. D’un côté, il y a ceux qui considèrent que le parti se doit de poursuivre cette démarche qui en est une de longue haleine, tandis que de l’autre, il y a ceux qui affirment que la bataille est perdue d’avance. L’intransigeance du NPD avait été on ne peut plus claire.

This reaction of Bernard Landry well reflects the feelings which emerge within the party and the government in the aftermath. On one side, there are those who consider that the party must continue this step which is long-term, while on the other, there are those who affirm that the battle is lost in advance. The intransigence of the NDP could not be clearer.

Le Conseil national du parti cédera finalement aux arguments invoqués par Bernard Landry. Pas question de vivre à nouveau l’humiliation. Ainsi, dans le programme du parti de 1984, la question de l’adhésion du Québec à

The National Council of the party will finally give in to the arguments raised by Bernard Landry. There is no question of re-living the humiliation. Therefore, in the party program of 1984, the question of Quebec membership in

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l’Internationale socialiste sera-t-elle complètement évacuée. Cette absence de référence à l’Internationale socialiste dans le programme est intimement liée à l’échec vécu au Congrès d’Albufeira. Mais Nadia Assimopoulos, qui est devenue vice-présidente du parti, ne partage pas cette réaction du Conseil national d’avoir rayé d’un trait la résolution du programme du PQ de 1982. Selon elle, le parti devait «absolument» réitérer son intention d’adhérer à l’IS, sans quoi le parti ne faisait que démontrer qu’il n’était pas véritablement intéressé à y adhérer.

the Socialist International will be dropped altogether. The non-mention of the Socialist International in the program is closely related to the failure experienced at the Congress of Albufeira. But Nadia Assimopoulos, who became vice-president of the party, does not share this reaction of the National Council to have struck out the resolution from the PQ program of 1982. According to her, the party “absolutely” had to restate its intention to join the SI, without which the party only showed that it was not truly interested in membership.

De son côté, Sylvain Simard considère que le PQ n’avait pas à renouveler une résolution déjà inscrite dans le programme. La conjoncture n’y était d’ailleurs pas favorable. Parce que «ça ne nous aurait donné rien de plus au moment où l’Internationale socialiste est en crise», explique-t-il (48). Voilà un autre facteur important qui contribua à la non-reconduction d’une telle résolution. La crise économique qui sévit heurte de plein fouet la doctrine social-démocrate. Les dogmes d’intervention de l’Etat ne semblent plus très bien fonctionner. Les gouvernements qui se réclament de cette allégeance oscillent entre le centre-droit et le centre-gauche. Face aux ravages de la récession, le politique a de moins en moins d’emprise sur l’économique, par conséquent les gouvernants sociaux-démocrates doivent faire place à des politiques économiques plus libérales. Jacques Hutsinger lui-même témoi­gnera de cette crise quand, invité comme conférencier lors d’un colloque du Parti québécois sur la social-démocratie en 1983, il déclarera péremptoire­ment: «Vous [avez frappé] à la porte de la social-démocratie au moment où celle-ci est en crise» (49).

For his part, Sylvain Simard believes the PQ had no need to renew a resolution already in its program. Moreover, the circumstances were unfavorable. Because “it would have given us nothing more at a time when the Socialist International was in crisis”, he explains. (48) That’s another big factor which contributed to the non-renewal of that kind of a resolution. The prevailing economic crisis ran up against social democratic doctrines, head-first. The dogmas of State intervention no longer seem to function very well. Governments which claim this allegiance oscillate between the center-right and the center-left. Faced with the ravages of the recession, policy has less and less influence on economics, consequently the governing social democrats must make way for more liberal economic policies. Jacques Hutsinger himself will testify to this crisis when, as a guest speaker at a Parti Québécois conference on social democracy in 1983, he will assertively declare: “You [knocked] on the door of social democracy when it was in crisis.” (49).

Visa le noir, tua le blanc

Visa le noir, tua le blanc

Malgré les tribulations vécues à Albufeira, la démarche entreprise par le Parti québécois afin de se faire reconnaître comme membre de l’Inter­nationale socialiste ne fut pas une vaine tentative, car elle contribua grande­ment au rapprochement avec les Socialistes français et elle permit de cimenter les relations entre les deux gouvernements. C’est ce que retient Sylvain Simard de toute cette aventure:

In spite of the tribulations at Albufeira, the step taken by the Parti Québécois in order to be recognized as a member of the Socialist Internationale was not a vain attempt, because it contributed greatly to the rapprochement with the French Socialists and it made it possible to cement the relations between the two governments. This is what Sylvain Simard takes from this whole adventure:

C’est la question la plus importante. Ça faisait partie d’une politique d’entrée auprès de la gauche française. Ça nous situait, ça nous forçait à avoir des contacts réguliers avec le Parti socialiste. On leur demandait d’être nos intermédiaires. On créait donc une certaine fraternité, un certain rapprochement. Nous, qui avions été identifiés depuis 1967,

That’s the most important question. It formed a part of the entry policy to the French left. That situated us, it forced us to have regular contacts with the Socialist party. We asked them to be our intermediaries. We thus created a certain fraternity, a certain rapprochement. We, who had been identified since 1967,

102 Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 3

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depuis de Gaulle, très très clairement avec la droite française, ça nous permettait de nous dédouaner. C’était le nouveau pouvoir et pour nous, c’était une stratégie extrêmement valable. (…) On créait un courant nouveau où les échanges se faisaient sur une base régulière. On a tissé des liens (50).

since de Gaulle, very very clearly with the French right, that allowed us to clarify ourselves. It was the new power and for us, it was an extremely valuable strategy. (…) We created a new flow where there were exchanges on a regular basis. We wove alliances (50).

Nadia Assimopoulos confirme que cette démarche entreprise en vue d’adhé­rer à l’IS constituait aussi un élément stratégique afin d’établir des contacts directs auprès des personnalités françaises gravitant autour de la présidence: «Bien sûr, dit Assimopoulos, c’était un des facteurs, effectivement. Parce que jusque là, on était d’abord plus près de la droite et du centre-droit. Au Parti Socialiste, on était plus près du courant rocardien. Donc, ces démarches avec [Lionel] Jospin et les autres nous ont permis de développer des liens avec le courant de [François] Mitterrand» (51).

Nadia Assimopoulos confirms that this step taken to join the SI also constituted a strategic element in order to establish direct contacts with French personalities revolving around the presidency: “Of course,” says Assimopoulos, “it was one of the factors, indeed. Because up until then, we were initially closer to the right and the center-right. With the Socialist party, we weres closer to the rocardien movement. Therefore, these steps with [Lionel] Jospin and the others enabled us to develop links with the movement of [François] Mitterrand” (51).

Mais ce rapprochement entre le Parti québécois et les socialistes français ne fut pas sans choquer certains leaders de la droite française, particulièrement le chef du Rassemblement pour la République, Jacques Chirac. Ce dernier s’en ouvrit d’ailleurs à maintes reprises à Yves Michaud et à Louise Beaudoin. Chirac, ne pouvant accepter cette alliance, leur fit clairement entendre qu’il était contre l’adhésion du PQ à l’Internationale socialiste.

But this rapprochement between the Parti Québécois and the French Socialists was not without shocking certain leaders of the French right, particularly the leader of the Rassemblement pour la République [Gathering for the Republic], Jacques Chirac. The latter moreover spoke frankly a number of times with Yves Michaud and Louise Beaudoin. Chirac, not being able to accept this alliance, made them clearly understand that he was against PQ membership in the Socialist International.

La droite était très fâchée, se souvient Louise Beaudoin. Chirac, en tête-à-tête, m’a dit: « Je ne peux pas accepter ça. Que vous ayez fait ça». Alors, j’ai essayé de lui expliquer que ça ne changeait en rien nos relations privilégiées avec les gaullistes, mais il l’a mal pris. Il aurait voulu qu’on adhère à l’Internationale libérale, mais le problème, lui ai-je dit, c’est qu’on n’est pas des libéraux, on est des sociaux-démocrates. C’est ça. Mais il aurait voulu qu’on aille à la leur et non à celle du voisin (52).

The right was very angry, recalls Louise Beaudoin. Chirac, in private conversation, said to me: “I cannot accept that. That you did that”. Then, I tried to explain to him that it in no way changed our privileged relations with the Gaullists, but he took it badly. He would have wanted us to join the Liberal International, but the problem, I told him, is that we are not Liberals, we are social democrats. That’s that. But he would have preferred that we go with them, and not with the neighbor (52).

Mais, en bout de ligne, le fait que la droite française ait été offusquée de voir le Parti québécois s’aligner avec la gauche française n’était que normal, compte tenu que le pouvoir français était détenu par les Socialistes. Et cette alliance PQ-PSF ne remit pas fondamentalement en cause les relations du Parti québécois avec ses premières allégeances françaises. En somme, con­clura Sylvain Simard, lors notre entretien:

But, at the end of the line, the fact that the French right was obfuscated to see the Parti Québécois align itself with the French left was only normal, given that French power was held by the Socialists. And this PQ-PSF alliance did not basically put into question the relations of the PQ with its first French allegiances. All in all, Sylvain Simard will conclude, at the time of our interview:

On a réussi à créer, au delà des fractures politiques françaises, des réseaux d’amitié dans toutes les tendances de la vie politique française. Il y a un consensus français sur la question du Québec. On a réussi à maintenir

We succeeded in creating, beyond the French political divisions, networks of friendship in all the tendencies of French political life. There is a French consensus on the question of Quebec. We succeeded in maintaining

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l’appui. Ce n’était pas évident. Vous aviez raison d’insister là-dessus, les relations privilégiées de Trudeau avec Mitterrand sont indéniables. Si Mitterrand s’était écouté lui tout seul, il n’aurait jamais d’aucune façon eu le moindre encouragement personnel comme dans ses propos (tenus) dans Verbatim (53), mais il doit fonctionner avec ses ministres et son parti (54).

the support. It was not evident. You were right to insist on that, the privileged relations of Trudeau with Mitterrand are undeniable. If Mitterrand had listened to him alone, he would never in any way have had the least personal encouragement as in his remarks (articulated) in Verbatim (53), but he must function with his ministers and his party (54).

À cet égard, le succès politique de la visite de René Lévesque à Paris, en juin 1983, avait été un exemple éloquent du rapprochement entre les Socialistes français et le Parti québécois, notamment dans le contexte de l’édification du premier Sommet francophone. Ainsi, l’appui personnel du Président Mitterrand au gouvernement Lévesque dans sa revendication légitime d’accéder au Sommet de la francophonie en tant que «gouvernement participant» allait en être une preuve incontestable.

In this respect, the political success of René Lévesque’s visit to Paris in June of 1983 had been an eloquent example of the rapprochement between the French Socialists and the Parti Québécois, in particular in the context of the construction of the first French-speaking Summit. Thus, the personal support of President Mitterrand for the Lévesque government in its legitimate claim to attain to the French-speaking Summit as “a participating government” was going to be undeniable proof of that.

Dès lors, la France socialiste du Président Mitterrand allait démontrer sa fidélité au voeu qu’avait émis le Président de Gaulle: que la France soit pour le Québec une fenêtre ouverte sur le monde.

Consequently, the socialist France of President Mitterrand would demonstrate its fidelity to the wish expressed by President de Gaulle: that France be for Quebec a window open on the world.

NOTES ET RÉFÉRENCES

NOTES AND REFERENCES

1. Extrait, remanie, tiré du mémoire de maîtrise de l’auteur, intitulé Les relations France- Québec au cours du second mandat du gouvernement Lévesque 1980-1985, mémoire de M.A. (Histoire), Université de Montréal, 1997, pp. 184-209.

1. Extract, revised, taken from the author’s master’s thesis entitled [translation], France-Quebec relations during the second mandate of the Lévesque government 1980-1985, thesis for M.A. (History), Université de Montréal, 1997. pp. 184-209.

2. Louise Beaudoin, entrevue avec l’auteur, 19 janvier 1994.

2. Louise Beaudoin, interview with the author, January 19th, 1994.

3. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

3. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

4. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

4. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

5. René Lévesque, La Passion du Québec, Montréal, Québec/Amérique, 1978, pp. 220-221.

5. René Lévesque, [translation:] The Passion for Quebec, Montreal, Quebec/Amérique, 1978, pp. 220-221.

6. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

6. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

7. Ibid.

7. Ibid.

8. Nadia Assimopoulos succédera à Sylvain Simard à la vice-présidence du parti en 1984.

8. Nadia Assimopoulos will succeed Sylvain Simard in the vice-presidency of the party in 1984.

9. Entre autres à Madrid en 1980, où à la énieme invitation de la France, Michel Leduc, futur député du PQ et Louise Beaudoin assistèrent aux travaux de l’Internationale socialiste.

9. Inter alia in Madrid in 1980, where at the umpteenth invitation of France, Michel Leduc, future PQ Member and Louise Beaudoin attended at the work of the Socialist International.

10. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

10. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

11. Parti Québécois, Programme du Parti Québécois, Édition 1982, p. 65.

11. Parti Québécois, [translation:] Program of the Parti Québécois, 1982 Edition, p. 65.

104 Bulletin d’histoire politique, vol. 6. no. 3

104 Bulletin d’histoire politique, vol. 6. no. 3

12. Ibid.

12. Ibid.

13. Gouvernement du Québec, Conférence de presse de MM. Mauroy et Lévesque, le 27 avril 1982.

13. Government of Quebec, Press Conference of MM. Mauroy and Lévesque, on April 27th, 1982.

14. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

14. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

15. Peter Brimelowe, “No Castro of the North?” dans Barron’s, 7 juin 1982.

15. Peter Brimelowe, “No Castro of the North?” in Barron’s, June 7th, 1982.

16. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

16. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

17. Ibid.

17. Ibid.

18. Ibid.

18. Ibid.

19. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

19. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

20. Précisons que c’est la première fois que Lionel Jospin effectue une visite au Québec.

20. We would note that this is Lionel Jospin’s first visit to Quebec.

21. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

21. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

22. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

22. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

23. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

23. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

24. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

24. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

25. Ibid.

25. Ibid.

26. Yves Michaud, entrevue avec l’auteur, 22 février 1994.

26. Yves Michaud, interview with the author, February 22nd, 1994.

27. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

27. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

28. Dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981, Roy Romanow, ministre néo-démocrate des Affaires intergouvemementales en Saskatchewan, contribua pour beaucoup à l’entente dite historique sur le rapatriement de la Constitution entre les neuf provinces anglaises et le gouvernement fédéral canadien.

28. On the night of November 4th to 5th 1981, Roy Romanow, New Democratic Minister of Intergovernmental Affairs for Saskatchewan, contributed much to the so-called historic agreement on the patriation of the Constitution among the nine English [sic] provinces and the Canadian federal government.

29. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

29. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

30. Ibid.

30. Ibid.

31. « Le NPD s’oppose au membership à part entière du PQ au sein de l’IS », Le Devoir, 28 mars 1983, p. 3.

31. [Translation:] “The NDP is opposed to the full membership of the PQ in the SI”, Le Devoir, March 28th, 1983, p. 3.

32. Ibid.

32. Ibid.

33. Ibid.

33. Ibid.

34. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

34. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

35. « Le sommet de la francophonie: Québec a confiance en l’appui de la France » , Le Devoir, 29 mars 1983. p. 3.

35. [Translation:] “The French-speaking Summit: Quebec is confident of the support of France”, Le Devoir, March 29th, 1983, p. 3.

36. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

36. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

37. Sylvain Simard dans « Le NPD s’oppose au membership à part entière du PQ au sein de l’IS », Le Devoir, 28 mars 1983, p. 3.

37. Sylvain Simard in [Translation:] The NDP is opposed to the full membership of the PQ in the SI”, Le Devoir, March 28th, 1983, p. 3.

38. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

38. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

Association québécoise d’histoire politique 105

Association québécoise d’histoire politique 105

39. Ibid.

39. Ibid.

40. Cette campagne de salissage envers le Parti Québécois deviendra fort ironique lorsque 10 ans plus tard, en 1993, le Parti néo-démocrate ontarien, dirigé par Bob Rae, tentera lui aussi d’établir vainement un Contrat social avec sa fonction publique.

40. This smear campaign against the Parti Québécois will become quite ironic when 10 years later, in 1993, the Ontario New Democratic Party, led by Bob Rae, also tries in vain to establish a Social contract with its public service.

41. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

41. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

42. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

42. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

43. Ibid.

43. Ibid.

44. Ibid.

44. Ibid.

45. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

45. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

46. Ibid.

46. Ibid.

47. Bernard Landry, entrevue avec l’auteur, 23 novembre 1993.

47. Bernard Landry, interview with the author, November 23rd, 1993.

48. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

48. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

49. Ibid.

49. Ibid.

50. Ibid.

50. Ibid.

51. Nadia Assimopoulos, entrevue avec l’auteur, 3 mai 1994.

51. Nadia Assimopoulos, interview with the author, May 3rd, 1994.

52. Louise Beaudoin, entrevue avec l’auteur, 19 janvier 1994.

52. Louise Beaudoin, interview with the author, January 19th, 1994.

53. Dans son ouvrage intitulé Verbatim, publiée en 1993, Jacques Attali, ancien con­seiller du Président Mitterrand, a écrit que François Mitterrand «n’a jamais éprouvé de passion pour la cause québécoise, qu’il juge dépassée».

53. In his work entitled Verbatim, published in 1993, Jacques Attali, former adviser to President Mitterrand, wrote that François Mitterrand “[translation:] “never had any passion for the Quebec cause, which he judged passé”.

54. Sylvain Simard, entrevue avec l’auteur, 3 juin 1994.

54. Sylvain Simard, interview with the author, June 3rd, 1994.

______

1 Poulin’s reference is wrong. The “notwithstanding clause” is found solely in the federal “Charter”, the document implied in that passage. The federal “Charter” is called, in French and then in English:

Charte canadienne des droits et libertés
Référence : Loi constitutionnelle de 1982 (R.-U.), constituant l’annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R.-U.), 1982, c. 11

Canadian Charter of Rights and Freedoms
Citation: The Constitution Act, 1982, being Schedule B to the Canada Act 1982 (U.K.), 1982, c. 11

The “notwithstanding clause” to which the NDP Communists claim to object is at Section 33 of the federal document. It allows a legislature to override particular supposed “Charter rights” for a period of time, subject to renewal.

The real problem with the Charter, however, is that it is not a “constitutional amendment” (the pretext under which it was imposed), nor is it constitutional for Canada. It is a Parliamentary and Constitutional coup d’état which suppressed the sovereign Legislatures lawfully established in 1867, and unlawfully substituted new ones that are non-sovereign. In the 1982 Cronkite Lectures, Barry Lee Strayer, a Trudeau adviser and a main architect of the “new” constitution imposed fraudulently as an “amendment”, admits the coup and explains why he believes the coup will be “effective”:

The Patriation and Legitimacy of the Canadian Constitution

That said, There is a “Quebec” Charter, but it has no “notwithstanding clause”. The proper citations for the Quebec Charter, first passed in 1975, are as follows:

Charter of human rights and freedoms, R.S.Q. c. C-1
Charte des droits et libertés de la personne, L.R.Q. c. C-12

 

Read a scan of the French original online: http://en.calameo.com/books/0001117903d5d2ba77127

DOWNLOAD the English translation: Philippe Poulin, Attempt of the Parti Québécois to Join the Socialist International

PERMISSION:
Nota bene: This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union. Document completion date: 4 July 2015, based on a scan of the original taken on Friday morning, 26 June 2015. Permission is given to use this document, with credit to its origin. If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union: PayPal: habeas.corpus.canada@live.com

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